Samedi 28 novembre 2020

Palais des Beaux-Arts, Lille

Quand la pensée s’encadrait…

Jusqu’au 13 juin 2011

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 14 mars 2011 - 379 mots

Peut-on peindre la pensée ? Si oui, comment y parvenir ? Défi utopique relevé pourtant par quelques artistes européens qui se rencontrent pour démontrer que l’invisible s’incarne, s’approprie des gestes et des regards particuliers en leur conférant une valeur esthétique universelle.

Représenter en couleurs les idées, donner vie aux méditations, saisir les émotions, revient à laisser la matière être traversée par le rayonnement de l’intelligence. Avec eux, ce qui existe mais ne se voit pas se traduit en actes. Sur chaque tableau apparaît alors la conquête de l’esprit par des formes picturales qui sont le reflet de sa réalité. À côté des allégories aux symboles évidents, une quarantaine de portraits expriment la pensée pure de ceux qui, philosophes, astronomes, poètes, saints ou alchimistes, cherchent le sens du monde et interprètent à leur façon les raisons de l’existence.
Convoqués pour cette confrontation insolite et sans précédent, défilent sous les pinceaux de Velázquez, saint Thomas, de Ribera, Ésope, Platon et saint Jérôme, de Luca Giordano, Héraclite, Démocrite et Cratès. Dans leur prolongement, s’insèrent des maîtres, moins connus peut-être mais non moins habiles, qui traitent avec finesse et originalité leurs héros du savoir et de la réflexion, comme le Descartes de Jan Baptist Weenix, l’Archimède de Dirck Van Baburen ou encore cet Apôtre de Jacques des Rousseaux, natif de Tourcoing qui appartint au cercle de Rembrandt. Car,mis en miroir avec un Siècle d’or espagnol plus triomphant, le Siècle d’or hollandais, plus social, s’impose dans une dimension aussi rayonnante. Les caravagesques de l’école d’Utrecht, Paulus Bor (1601- 1669), qui signe une belle Allégorie de la logique, Hendrick Ter Brugghen (1588-1629) et Johannes Moreelse, chacun auteur d’un Démocrite rieur, fusionnent avec brio les traditions nordique et latine.
En parcourant cette exposition, on pense au mot de Hegel pour qui « l’art est un produit de l’esprit ».

Espace minimal conçu pour que l’on soit introduit dans une double « expérience de méditation à la fois visuelle et sonore », l’installation du vidéaste américain Bill Viola La Pièce pour saint Jean de la Croix constitue pour le visiteur le passage obscur à franchir avant de déboucher sur la lumière.

Voir

« Portraits de la pensée », Palais des Beaux-Arts, place de la République, Lille (59), tél. 03 20 06 78 00, www.pba-lille.fr, jusqu’au 13 juin 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°634 du 1 avril 2011, avec le titre suivant : Quand la pensée s’encadrait…

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