Jeudi 19 septembre 2019

Musée départemental Georges de La Tour, Vic-sur-Seille (57)

Prendre un bol d’art japonais

Jusqu’au 20 mars 2011

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 17 décembre 2010 - 412 mots

Le visiteur occidental non averti restera peut-être de marbre face aux pièces de céramique japonaise présentées dans l’exposition.

Cabossés, austères et sans ornements, les bols, tasses et récipients à eau dédiés à la cérémonie du thé correspondent peu à nos canons esthétiques. Mais si l’on accepte de suivre le cheminement initiatique auquel nous convie l’exposition, on comprend au fur et à mesure du parcours à quel point ces « simples » pièces nous mènent au cœur même de la culture et de la tradition japonaise.

Tout commence au xve siècle, lorsque le prêtre Murata Juko introduit dans l’art du thé une dimension spirituelle du zen. C’est lui qui, le premier, fait de la préparation et de la dégustation du thé un acte de méditation. Prônant le retour à la simplicité et à une sobriété paisible, il crée l’idée selon laquelle un objet en céramique ordinaire peut être aussi beau qu’un objet précieux. Cette disposition d’esprit donnera naissance au wabi-sabi  (« sobriété mélancolique »), un goût pour le dépouillement extrême et l’imperfection des objets, qui deviendra une esthétique majeure dans l’art du Japon. Pour un Japonais, la beauté d’un objet tient avant tout à sa fonction (servir le thé), à son irrégularité naturelle et à sa patine, c’est-à-dire à l’usage qu’on en a fait et à l’amour qu’on lui a porté. Pour réaliser leurs récipients, et imiter la nature imparfaite, les maîtres du thé n’hésitèrent pas à demander aux artisans de déformer intentionnellement leurs récipients par des effets impressionnants de cuisson.

Autour d’une mise en scène de la cérémonie du thé, l’exposition comprend une centaine de pièces qui présentent des caractéristiques différentes en fonction de leurs fours de provenance. Parmi la production des fours dits anciens (il en reste six au Japon), celui de Mino se distingue par sa production d’articles à couverte appliquée alors que les objets provenant des nouveaux fours, inspirés de l’art coréen, privilégient les contrastes de couleurs. Cuits à basse température, les raku sont reconnaissables à leurs formes subtiles et à leurs glaçures. Ressuscitant à leur manière les productions anciennes, des artistes contemporains réalisèrent à leur tour des pièces en céramique de la cérémonie du thé. Choisis comme exemples de la tradition japonaise par le gouvernement, Rosanjin Kitaoji et Kei Fujiwara ont eu l’honneur d’être désignés « trésors nationaux vivants ».

Voir

« Céramique japonaise : sobriété et irrégularité »,
Musée départemental Georges de La Tour, place Jeanne-d’Arc, Vic-sur-Seille (57), tél. 03 87 78 05 30, www.cg57.fr, jusqu’au 20 mars 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°631 du 1 janvier 2011, avec le titre suivant : Prendre un bol d’art japonais

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