Pollock, chaman… bien plus que surréaliste

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 16 décembre 2008

« L’artiste moderne, me semble-t-il, travaille et exprime un monde intérieur ; en d’autres termes : il exprime l’énergie, le mouvement et d’autres forces intérieures. » Confiée à un journaliste en 1951, cette déclaration de Jackson Pollock (1912-1956) situe bien l’enjeu de sa démarche.

Si l’on y ajoute le souvenir de Peggy Guggenheim affirmant que l’artiste « était très sensible à la sculpture des Indiens de l’Ouest », on comprend que Stephen Polcari, historien d’art et commissaire de l’exposition à la Pinacothèque de Paris, ait cherché à démontrer que les sources d’inspiration du peintre étaient ancrées dans le chamanisme amérindien.
Ce faisant, s’il n’innove pas vraiment, il pousse la réflexion jusque dans ses retranchements de sorte à minimiser l’influence trop souvent rabâchée qu’aurait davantage joué les relations de Pollock avec le surréalisme et l’écriture automatique, notamment à travers l’exemple d’André Masson. Sans agir en révisionniste, Polcari met surtout en évidence l’analogie formelle qui existe entre les images et les rituels des Indiens d’Amérique, surtout les Navajos, et l’œuvre du peintre. Et c’est vrai qu’elle est prégnante.
Quand on sait que le chamanisme exprime la relation de l’homme et de la création et que tous les efforts de Jackson Pollock reposent sur la recherche d’une forme inédite, adaptée à son époque, voire d’une technique propre, on mesure en effet l’importance des modèles que lui offraient cette population et cette culture indigènes.
«  Le sacrifice et la mort  », « La fusion de l’homme et de l’animal », « La fusion de l’homme et de la femme », « Germination et naissance » : si les titres des séquences qui rythment l’accrochage confortent la thèse du commissaire, le choix qu’il a fait des tableaux n’y est pas non plus étranger. Un choix de qualité d’autant plus appréciable qu’il n’est pas toujours facile d’obtenir les prêts de certaines des œuvres présentées et que nombre d’entre elles sont issues de collections privées, donc peu familières au regard.

A voir

« Pollock et le chamanisme », Pinacothèque de Paris, 28, place de la Madeleine, Paris VIIIe, www.pinacotheque.com, jusqu’au 15 février 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°609 du 1 janvier 2009, avec le titre suivant : Pollock, chaman… bien plus que surréaliste

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