Samedi 15 décembre 2018

Piffaretti, la peinture et son modèle

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 mai 2004 - 432 mots

« Peinture : discours et méthode. » Placer la démarche de Bernard Piffaretti à l’aune d’une telle formule n’est vouloir ni en résumer le propos par une pirouette verbale, ni la cantonner à l’effet d’annonce d’un slogan théorique, qui plus est cartésien. Bien au contraire.
La simplicité de l’expression – qui n’en illustre pas moins une rigueur implacable – se veut inversement proportionnelle à l’étendue des possibilités qu’elle sous-tend. Subtil paradoxe ! Dire le moins pour dire le plus. Mais, précisément, ces œuvres peintes ne sont-elles pas
la mise en jeu d’un protocole et la déclinaison de celui-ci. Une déclinaison d’autant plus infinie que les règles du jeu sont ouvertes. Ainsi donc Piffaretti, à l’instar d’un Opalka, d’un Toroni, d’un Rutault, d’un Viallat… Pour lui, au début, la question du modèle. Question clef, s’il en est, en matière de peinture. L’histoire n’a de cesse de s’y cogner, de tenter différentes sorties pour la résoudre, sinon l’esquiver. Piffaretti, lui, la prend à bras le corps. À bras la toile, devrait-on dire : d’un côté, à gauche, le modèle ; de l’autre, à droite, sa réplique, son alter ego en quelque sorte. Avec toutes les digressions, ô combien infimes ! que cela suppose. Va-et-vient ; Come and Go ; Bis repetita placent ; Les Règles du jeu – Le peintre et la contrainte, Le dessin en procès…, tous y sont allés de leur formule pour tenter de circonscrire le cas de figure proposé par Piffaretti. Mais tous y ont cassé leur plume parce que, comme l’a dit le plus finement Laurent Busine : « La figure de droite est à l’image de celle de gauche – La figure de gauche n’est pas à l’image de celle de droite. » Aussi, chaque fois, le peintre échappe à ses commentateurs. Parce qu’il y va de la nature même de son propos de ne jamais être là où finalement
on l’attend. Aucune véritable répétition. Aucun essoufflement. L’art de Piffaretti est résolument libre. À preuve, la première exposition qu’il fait chez Nathalie Obadia, après une dizaine d’années de service chez Jean Fournier.
Un vrai bonheur où la couleur se joue de motifs plus ou moins géométriques en tous genres.
Un vrai festival qui n’est pas sans intelligence sensible avec l’art de Matisse dans cette qualité où
la peinture assume sa fonction décorative, au meilleur sens du mot, comme chez Viallat dont au bout
du compte le travail de Piffaretti est indiscutablement le plus proche.

« Bernard Piffaretti – Alias », PARIS, galerie Nathalie Obadia, 3 rue du Cloître Saint-Merri, IVe, tél. 01 42 74 67 68, 27 mars-19 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°558 du 1 mai 2004, avec le titre suivant : Piffaretti, la peinture et son modèle

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