Dimanche 9 décembre 2018

Bordeaux (33)

Peindre après la guerre

Musée des beaux-arts - Jusqu’au 10 février 2013

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 17 décembre 2012 - 324 mots

Conçu et théorisé par Kandinsky au début des années 1910, le concept d’abstraction que définit rigoureusement l’abandon du sujet en relation avec le monde réel – « le sujet nuisait à sa peinture », disait-il – a connu au fil du temps toutes sortes de tendances et de déclinaisons.

Celles-ci peuvent se résumer en deux directions génériques : l’une géométrique, l’autre gestuelle, suivant quasiment en cela la distinction établie par Nietzsche à propos de création entre l’apollinien et le dionysiaque. Vingt ans durant, l’abstraction s’imposa comme une nouvelle voie ouverte à toutes les investigations, jusqu’à ce que le retour des réalismes des années 1930 la marginalise, voire la bafoue.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, nombre d’artistes aspirèrent à reprendre le flambeau de l’Abstraction, pour la plupart du côté du signe, du geste et de la couleur. Ainsi advint une formulation nouvelle qualifiée d’« Abstraction lyrique », issue tant de l’idée chère à Kandinsky de nécessité intérieure que des explorations de l’écriture automatique surréaliste ou bien encore de l’expression directe de l’émotion individuelle. Dans tous les cas, cette qualification de « lyrique » visait à se démarquer d’un esprit par trop rationnel et construit au bénéfice du ressenti et de l’informel.

À l’inventaire de l’avènement de cette Abstraction lyrique, versant parisien, figurent tout d’abord deux quartiers de référence, Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés, puis les noms d’artistes tels que Mathieu, Wols, Bryen, Hartung, Debré, Bazaine, Manessier, Schneider, Van Velde, etc., mais aussi ceux de galeristes comme Conti, Allendy ou René, enfin des critiques d’art que sont Jean José Marchand, Pierre Guéguen, Charles Estienne ou Michel Tapié. Le mérite de l’exposition bordelaise est de remettre en lumière tout un pan de l’histoire de l’art trop souvent négligé alors même qu’il constitue l’une des étapes fondamentales d’un revival prospectif de la création artistique après la terrible épreuve de la guerre.

Voir « Montparnasse-Saint-Germain-des-Prés : abstractions d’après-guerre »

Galerie du Musée des beaux-arts, place du Colonel-Raynal, Bordeaux (33), www.bordeaux.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°653 du 1 janvier 2013, avec le titre suivant : Peindre après la guerre

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