Patti Smith électrise la fondation Cartier

Par Martine Robert · L'ŒIL

Le 23 avril 2008

L’égérie de la scène punk-rock new-yorkaise des années 1970, l’éternelle silhouette androgyne, capable à 62 ans de mettre encore en transe des milliers de spectateurs scandant Because the night, n’a pas du poète maudit la redingote hors d’âge.

Sa puissance créatrice est réelle et protéiforme. Elle s’exerce dans l’écriture, la photo, le dessin, le film. L’exposition « Land 250 », du nom d’un Polaroïd toujours utilisé par la musicienne, réunit des œuvres illustrant son univers lyrique, esthétique, spirituel, en particulier plus de deux cents photographies en noir et blanc de l’artiste, initiée à l’objectif par son amour de jeunesse Robert Mapplethorpe, dès 1967. Très intimiste, « Land 250 » présente également des objets chers à cette écorchée vive, provenant de ses archives personnelles : des manuscrits originaux, une photo prise par Brâncusi, une pierre recueillie au bord de la rivière où Virginia Woolf mit fin à ses jours.
C’est à deux pas de la fondation, rue Campagne-Première, que Patti Smith débarque à Paris pour la première fois en 1969, dans l’immeuble où le plasticien Yves Klein avait installé son atelier quelques années auparavant. Mais la poétesse a plutôt choisi l’endroit à cause de Rimbaud et Verlaine qui vécurent dans cette rue. Aujourd’hui encore, Patricia Lee Smith aime arpenter le quartier de Montparnasse et le cimetière du Père Lachaise où sont enterrés Jim Morrison et Proust.
Munie de son appareil photo, elle capture des émotions, raconte une histoire, ressuscite l’environnement de ceux qui ont changé sa vie : des pantoufles de Robert Mapplethorpe au lit de Virginia Woolf, en passant par la machine à écrire d’Hermann Hesse, les couverts de Rimbaud… La vie de Patti Smith est emplie de fêlures qu’elle tente de combler par l’art : en 1977 un grave accident la plonge dans l’écriture, tandis que dans les années 1990 face à la perte de Robert Mapplethorpe, de son mari le guitariste Fred Sonic, de son frère Todd et de son pianiste, la photo est sa rédemption.
Citoyenne du monde, militante de l’idéal, la prêtresse du rock dont la chanson People have the power est devenue un hymne en faveur de la liberté et contre la guerre. Dans le coin boutique, elle a sélectionné des livres, disques, films et objets qui lui ressemblent. « Plus que divertir un public, je veux lui donner à réfléchir », rappelle celle qui reçut en 2005 les insignes de Commandeur des Arts et Lettres. Distinction qu’elle préfère largement à un MTV Award, assure la rebelle.

Voir

« Land 250 », fondation Cartier, 261, boulevard Raspail, Paris XIVe, http://fondation.cartier.com, jusqu’au 22 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°602 du 1 mai 2008, avec le titre suivant : Patti Smith électrise la fondation Cartier

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque