Dimanche 22 septembre 2019

Photojournalisme

Patrick Chauvet et Alain Keler à la une de Visa pour l’image

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 5 septembre 2019 - 462 mots

Perpignan (Pyrénées-Orientales). Visa pour l’image expose régulièrement des monographies de photoreporter.

Jean-François Leroy, son fondateur et directeur, ne cache pas que les deux rétrospectives de cette édition, l’une consacrée à Patrick Chauvel, l’autre à Alain Keler, comptent parmi celles qu’il avait programmées pour l’Arche du photojournalisme à la Défense avant qu’il n’en démissionne en octobre 2018 en raison de désaccords avec le gestionnaire du lieu.

Pour ses 70 ans, Patrick Chauvel voit ainsi retracé son itinéraire de photographe de guerre, de 1967 à ses images en Ukraine réalisées tout dernièrement, tandis que Le Journal d’un photographe d’Alain Keler, entamé le 3 novembre 2011 à partir de ses archives photographiques, égrène quelques pans de ses cinquante années passées à témoigner des tourments de l’humanité. Pour l’un comme pour l’autre, ces monographies sont une première. Comme de coutume, le festival répare le peu d’égard témoigné par les institutions parisiennes aux photojournalistes français, contrairement à leurs homologues anglo-saxonnes toujours très respectueuses des grandes signatures de leur pays. La Tate Britain a ainsi présenté au printemps une remarquable rétrospective « Don McCullin ».

« Pour la mémoire »

La Fondation Patrick Chauvel visant à regrouper, traiter et numériser ses archives est née en 2014 de l’initiative de mécènes suisses et de la création en décembre 2019 au Mémorial de Caen d’un espace permanent Patrick Chauvel, ainsi que d’une réserve pour ses archives et d’un poste pour les traiter. Une monographie du travail d’Alain Keler a été, de son côté, publiée aux Éditions de Juillet en octobre 2018.

Visa s’attache à la particularité et à la profondeur des travaux des deux photoreporters, que le conflit israélo-palestinien, la guerre au Salvador ou en Tchétchénie ont parfois réunis. Les espaces contraints de Perpignan ont toutefois imposé des choix draconiens en nombre de photographies. Reste leur regard et leur engagement à témoigner sur des temps longs des guerres ou situations de tensions déclarées ou larvées, historiques ou méconnues. « Je travaille plus pour la mémoire que pour la presse », rappelle Patrick Chauvel.

Cette démarche, on la retrouve dans l’enquête au long cours de la jeune Kasia Strek sur les conséquences de l’interdiction de l’avortement ou ses restrictions dans un certain nombre de pays dont le sien, la Pologne. Lauréate l’an dernier du prix Camille Lepage, elle porte dans son récit la même attention aux personnes rencontrées sur sa route. « Ce sont les histoires, leur qualité tant sur la forme que sur le fond, qui aiguillonnent mes choix », précise Jean-François Leroy.

On retrouve également cet état d’esprit dans les divers prix attribués durant la semaine d’ouverture, dont celui du Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge qui revient cette année au jeune photographe syrien Abdulmonam Eassa pour son reportage réalisé en 2018 sur le quotidien des habitants de la Ghouta orientale pendant le siège.

Visa pour l’image,
jusqu’au 15 septembre, divers lieux, Perpignan, www.visapourlimage.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°528 du 6 septembre 2019, avec le titre suivant : Patrick chauvet et Alain Keler à la une de Visa pour l’image

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