Paris et Munich - À chacun sa méthode

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 14 décembre 2012 - 561 mots

Tandis que la France commence tout juste à regarder ses années de création durant la guerre, à Munich, l’Allemagne n’hésite pas à affronter ses démons. Une longueur d’avance ?

De part et d’autre du Rhin, l’histoire de l’art pendant la Seconde Guerre mondiale ne connaît pas le même traitement. À Munich, la Haus der Kunst revient sur son lourd passé lorsqu’elle était « Haus der Deutschen Kunst », projet pharaonique d’Adolf Hitler en 1933 et siège de la fameuse exposition d’art dégénéré en 1937. L’exposition « Haus der Kunst et l’utilisation idéologique de l’art, 1937-1955 » relate les heures sombres et délirantes qui virent cette maison de l’art allemand vilipender les avant-gardes. Une salle marque justement ces revers de l’histoire, laissant sur des cimaises de conservation les « croûtes » célébrées par le Reich et accrochant quelques toiles dégénérées de l’époque. Simple, mais efficace.

Un douloureux mais nécessaire travail de mémoire
À la Haus der Kunst, l’approche documente le visiteur sans l’étouffer sous les données, adepte des chocs visuels comme avec cette maquette du bâtiment réalisée en chocolat blanc par l’artiste Christian Philipp Müller mise en regard d’un film de propagande montrant des acteurs en costume médiéval parader en 1937 dans Munich avec une maquette similaire.

Dans une salle adjacente, des lignes de terrain de basket rappellent qu’en 1945 l’édifice fut transformé en club de jazz et en terrain de sport avant de revenir à l’art en 1946. S’engagea alors un travail de dénazification conduisant à la tenue d’une exposition du « Cavalier bleu » en 1949 puis de Max Beckmann, Paul Klee, Vassily Kandinsky et encore de Pablo Picasso. Pour rattraper l’histoire.
Ces histoires dans l’Histoire sont abordées sans faux-semblants ; un devoir de mémoire certes douloureux, mais admirable. L’exposition contextualise parfaitement les œuvres sélectionnées. Une différence cinglante avec le malaise qui règne dans « L’art en guerre », où la trahison est admise du bout des lèvres et où, bien souvent, le parcours abandonne le visiteur, incapable de savoir qui, du héros ou du traître, il regarde.

Très tôt l’Allemagne a regardé en face ses démons, la « dénazification » ayant été opérée au sortir de la guerre : punitive d’abord, puis préventive. Son efficacité est aujourd’hui flagrante quand la France, elle, semble tout juste prête à comprendre son histoire...

Autour de l’exposition. Informations pratiques.

« L’art en guerre. France, 1938-1947. De Picasso à Dubuffet »,
jusqu’au 17 février 2013. Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22 h.
Tarifs : 11 et 8 €. http://mam.paris.fr

Voir la fiche de l'exposition : L'Art en guerre, France 1938-1947, de Picasso à Dubuffet

« Histoires en conflit : la Haus der Kunst et l’exploitation idéologique de l’art. 1937-1955 », 
jusqu’au 13 janvier 2013. Haus der Kunst de Munich. Ouvert du lundi au dimanche de 10 h à 20 h sauf le jeudi jusqu’à 22 h.
Tarifs : 8 et 6 €. www.hausderkunst.de

Voir la fiche de l'exposition : Histoires en conflit. Haus der Kunst et les usages idéologiques de l'art, 1937-1955

« Robert Wehrlin », 
jusqu’au 13 janvier 2013. La Piscine-Musée d’art et d’industrice André Diligent. Ouvert du mardi au jeudi de 11 h à 18 h, le vendredi jusqu’à 20 h et le week-end de 13 h à 18 h.
Tarifs : 8 et 5 €. www.roubaix-lapiscine.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°653 du 1 janvier 2013, avec le titre suivant : Paris et Munich - À chacun sa méthode

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