Paris, au cœur des préoccupations luxembourgeoises

L'ŒIL

Le 8 août 2008

L’École de Paris d’hier et « l’École de Paris » aujourd’hui, tel est en quelque sorte le thème de deux expositions complémentaires. La première sous la houlette de Bernard Ceysson, l’ancien directeur du Musée d’Art moderne de Saint-Étienne, s’attache à clarifier la période passionnante mais néanmoins complexe commençant aussitôt après la Deuxième Guerre mondiale et se poursuivant jusqu’en 1964. Paris est alors une capitale cosmopolite, véritable « laboratoire de la modernité » selon le critique Harold Rosenberg qui souligne par là le contexte d’agitation politique et de débats intellectuels intenses qui ont lieu essentiellement à Saint-Germain des Prés. Le but d’une telle exposition est aussi de réhabiliter le terme galvaudé d’École de Paris qu’une vision réductrice a restreint à l’aspect péjoratif d’un art nationaliste et décoratif. Cette appellation regroupe au contraire un terreau fertile, véritable génèse de la création contemporaine. Outre Bazaine, Bissière, Estève, Manessier, Pignon, la période voit fleurir les sculptures étiques de Giacometti, les premiers drippings en public de Georges Mathieu, les champs colorés de Nicolas de Staël ou de Tal Coat, les anamorphoses de Viera da Silva... Ce sont aussi les nouvelles techniques du fer soudé et forgé, la conquête du vide avec Calder, Chillida, Jacobsen, Tinguely jusqu’aux compressions de César à la fin des années 50. En parallèle, l’exposition « Gare de l’Est » organisée par Hou Hanrou et Enrico Lunghi donne un aperçu de la situation actuelle de la scène artistique parisienne – aujourd’hui formée de noyaux multiples englobant la périphérie – avec quinze artistes, travaillant plus particulièrement sur la question de l’urbanité. Que le propos soit politique, social ou ludique, il y est question, entres autres, de la communication ou de son absence, notamment dans le travail de Sylvie Blocher qui donne la parole à des citadins. Confidences filmées, ponctuées de silences, de soupirs, où perce la détresse d’hommes et de femmes enlisés dans l’incommunicabilité. Des actions-peu de Boris Achour, aux e-mail de Chen Zen, en passant par l’allégorie présidentielle d’Olivier Blanckart, parcours hétéroclite et riche en surprises où l’on peut finir dans le gyrologue de Claude Lévêque, la tête en bas, pour regarder Sur un arbre perché de Louis de Funès.

LUXEMBOURG, Musée national d’Histoire et d’Art et Casino Luxembourg, jusqu’au 21 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°503 du 1 février 1999, avec le titre suivant : Paris, au cœur des préoccupations luxembourgeoises

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