Dimanche 29 novembre 2020

Pablo Picasso, des pinceaux comme des banderilles

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 25 janvier 2011 - 313 mots

Février 1900. C’est un toréador que ce jeune homme, yeux noirs et sourcils froncés, qui fréquente Els Quatre Gats.

Préférant à la Llotja – l’école des Beaux-Arts de Barcelone – le café aménagé par Puig i Cadafalch, le jeune homme, dix-huit ans et quelques mois, vient ajuster une dernière fois les œuvres qu’il expose dans cette thébaïde enfumée : trois peintures à l’huile et une centaine de petits portraits au crayon de couleur et à l’aquarelle. Andalou, il parle déjà catalan. Jeune, il est déjà génial. Preuve de son sens précoce de l’adaptation. À n’en pas douter, celui qui signe encore « Pablo Ruiz Picasso » est un caméléon, de ceux qui peupleront bientôt le parc Guell d’Antoni Gaudí. 

Des corridas espagnoles aux french cancans
Bien qu’elle ne soit pas un succès prodigieux, l’exposition est l’occasion de vendre quelques dessins pour un jeune Picasso qui, encouragé par ces quelques pesetas, décide de renouveler l’expérience et de présenter en juillet quatre tableaux de corrida, dont l’une est achetée par Rusiñol. Premier fait d’armes d’un picador venu disputer à Casas l’hégémonie de la modernité. Entre Le Bassin (1899) et Le French cancan (1900-1901), entre Barcelone et Paris, Picasso a évolué, certes, mais l’on retrouve cette même incandescence des couleurs, cette même aisance à dissoudre les formes pour, toujours, viser plus juste. Derrière ce Portrait d’homme – peut-être celui du critique Gustave Coquiot (vers 1901) –, on devine l’élégance du matador, ses nombreuses passes de pinceaux. Et ne parle-t-on pas, encore aujourd’hui, de corrida goyesque ? Depuis Paris, Picasso règne en maître sur l’arène des arts, s’inspirant de Nonell, dont il reprend la manière et l’atelier, puis le recommandant à Ambroise Vollard. Picasso devient l’artificier du modernisme espagnol, voyant rouge, peignant en bleu, broyant du noir. En Espagne, la misère était misérable. Ici, elle l’est aussi. Mais en couleur. De la peinture considérée comme une tauromachie…

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°632 du 1 février 2011, avec le titre suivant : Pablo Picasso, des pinceaux comme des banderilles

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