Jeudi 12 décembre 2019

Chapelle de l’Oratoire, Nantes (44)

Orlan, langue déliée

Jusqu’au 25 septembre 2011

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 24 août 2011 - 344 mots

« Avoir un bœuf sur la langue » : la formule n’est pas courante. Orlan l’a empruntée au philosophe Bruno Latour pour en faire le prétexte de sa dernière exposition. Équivalente à l’idée de se taire, à ne pas pouvoir dire ce que l’on pense, cette expression devient par la magie de l’artiste le sujet d’un inattendu théâtre d’ombres et de couleurs. Au centre du vaste espace de marbre blanc de l’Oratoire, Orlan a placé sur une estrade une imposante figure recouverte d’un tissu noir qui se répand dans la nef, et réparti sur les côtés une douzaine de corps-sculptures, tous de noir revêtus. 

À leur découverte, le visiteur est aussitôt saisi par l’étrangeté de la scène, ne sachant pas vraiment à quel rituel il correspond. Transformées en véritables porte-parole de mots plus ou moins familiers – athée, consentement, surfemme, escronomie, action, phagothérapie, etc. –, ces silhouettes noires dévoilent en leur face postérieure un tissu richement coloré au motif arlequin qui recouvre également les flancs de l’estrade. Celui-ci est imprimé de mots, d’images de virus, de bactéries et de cellules, comme autant d’éléments essentiels de ce qui compose notre organisme.

Fidèle à elle-même, Orlan réussit là ce dont elle a le secret : créer un espace d’éveil et de liberté de sorte à inviter les gens à communiquer entre eux, à les inciter à se défaire du poids du bœuf qu’ils ont sur la langue. Tout y concourt : la surprise et la beauté brute de la mise en scène, la richesse d’invention plastique, la douceur sensuelle du velours utilisé comme revêtement des sculptures, l’invitation à s’asseoir sur des sièges qui s’imbriquent l’un dans l’autre, le silence feutré propre à l’Oratoire… Comme l’attestent par ailleurs les deux vidéos projetées dans le transept, l’exposition nantaise procède d’un engagement et d’une attention envers l’autre qui fondent et structurent la démarche d’Orlan depuis ses débuts, dans un rapport tendu à son époque. 

Voir

« Orlan, un bœuf sur la langue »
Nantes, Musée des beaux-arts, Chapelle de l’Oratoire, place de l’Oratoire, Nantes (44), www.museedesbeauxarts.nantes.fr, jusqu’au 25 septembre 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°638 du 1 septembre 2011, avec le titre suivant : Orlan, langue déliée

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