Vendredi 23 février 2018

"Open source"

À Mouans, l’abstraction fait des codes

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 14 novembre 2007

Dans l’attente de l’ouverture de son nouveau bâtiment au printemps 2004, l’Espace de l’Art concret de Mouans-Sartoux prolonge son domaine d’investigation en invitant Langland & Bells, Stephen Willats et Julian Opie aux côtés de Bridget Riley, histoire de repenser l’abstraction dans un contexte urbain contemporain.

MOUANS-SARTOUX - D’ici à la fin de l’été, le nouveau bâtiment de l’Espace de l’Art concret devrait recevoir son ultime touche, un revêtement vert clair dont la couleur, à la limite de la fluorescence, joue simultanément de son intégration et de sa rupture avec les abords du château de Mouans-Sartoux. La construction, emboîtement de volumes rigoureux conçu par l’agence zurichoise Gigon & Guyer, s’impose déjà comme l’enseigne minimale de la collection Albers-Honegger qu’elle abritera à partir du printemps 2004. Telle est justement la démonstration de l’actuelle exposition de l’Espace de l’Art concret : qu’elles le cachent ou qu’elles le disent, les formes induisent toujours des significations autres que leurs simples jeux d’alignements. Le paysage urbain en est la preuve constante. “Il est une représentation de l’activité économique, de l’aptitude technologique, de la géologie, du temps, et de bien d’autres choses”, explique Ben Langlands & Nikki Bells, dans un entretien avec Dominique Boudou, directrice du lieu. Cette dernière a invité les Anglais en compagnie de trois de leurs compatriotes dans une exposition qui – Art concret oblige – fait la part belle à l’abstraction, mais incline ses formes à donner un peu plus. Une toile récente de Bridget Riley (For Genji, 1995-1996) et un schéma chromatique de Stephen Willats (Democratic Grid Serie ‘Random Pathway’ N° 13, 1999) surplombant un tapis de Langlands & Bell (The Ministry, 2002) transforment une salle toute en grille en fenêtre ouverte.
Si chez l’aînée Bridget Riley l’intention première est la sensation visuelle (“regarder est un plaisir – un perpétuel plaisir”, pour reprendre l’expression chère à l’artiste), la composition se fait sociologique dans les diagrammes de Stephen Willats ou se nourrit de l’architecture chez Langlands & Bells, qui aplatissent la façade d’un bâtiment d’Oskar Niemeyer à la manière d’un motif sériel. Par le biais d’un objet à la fonction décorative, le duo déplace le projet moderne. Plus loin, il expose son accord avec le libéralisme. Reflection Portrait (Norman Foster, “Hongkong & Shangaï Bank”, et Richard Rogers, “Lloyds, Londres”) dresse le portrait en miroir et maquettes de deux célèbres architectes britanniques. En formulant l’espace-temps par les jeux d’abréviations et de logos (les néons de Frozen Sky, 1999, ou les schémas d’Air Routes of the World), Langlands & Bells piochent aussi dans le graphisme ou la typographie pour poursuivre leurs interrogations.
Second dialogue pour Bridget Riley, celui qu’elle mène avec Julian Opie. En gommant les aspérités du paysage, le cadet montre la ville comme un vaste conditionnement générique (signalétiques, façades et autres logos), là où les jeux de lignes (Shirin, 1984) peinent de plus en plus à s’apprécier dans leur pure littéralité. Voilà ce qui arrive quand l’abstraction descend en ville.

URBAN CODES CODER/DÉCODER

Jusqu’au 5 octobre, Espace de l’Art concret, château de Mouans-Sartoux, 06370 Mouans-Sartoux, tél. 04 93 75 71 50, tlj 11h-19h, 11h-18h à partir du 1er septembre. Cat., 48 p., 18 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°176 du 12 septembre 2003, avec le titre suivant : "Open source"

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