Mercredi 14 novembre 2018

Néron en son palais

L'ŒIL

Le 1 septembre 1999 - 499 mots

L’amateur d’antiques, en villégiature dans la Ville Éternelle, peut de nouveau inclure dans son périple archéologique la visite de la Domus Aurea, l’illustre palais que Néron se fit construire après l’incendie qui embrasa Rome en l’an 64. Au cœur de la capitale ravagée, l’empereur prend possession de 100 hectares s’étendant du Palatin à l’Esquilin.
Là, il édifie un gigantesque labyrinthe d’édifices et de parcs, entourant un lac « semblable à une mer », aux dires un rien cyniques de Suétone. « Rome est sa maison. Émigrez à Véiès » ironisaient ses détracteurs. Après le suicide de l’empereur en 68, le lac fut finalement asséché. Et pour mieux rendre au peuple ce qui lui appartenait, on érigea le Colisée, le temple des jeux, sur les ruines de la mégalomanie néronienne. Quant à la domus elle-même, ses étages supérieurs furent détruits, son rez-de-chaussée comblé, servant de fondations aux thermes de Trajan.    
Nul étonnement à ce qu’en 1480, les premiers hommes de la Renaissance s’aventurant dans ses salles désormais souterraines, aient eu l’impression de pénétrer dans des grottes. D’où le nom de « grotesques » attribué aux cortèges de créatures hybrides, sirènes, sphinges, centaures... peintes sur les parois du palais. Ces motifs constituèrent une prodigieuse source d’inspiration pour les artistes de l’époque, notamment Raphaël qui appliqua sans tarder ce nouveau style, si imaginatif, dans les Loges du Vatican. Sur les pas de Raphaël et des peintres Ghirlandaio et Pinturicchio, qui gravèrent leur nom sur les murs du palais, on peut de nouveau contempler les splendeurs inhumées de la Domus Aurea. Le parcours proposé comprend 220 mètres et traverse 32 pièces sur les 150 que comprenait la villa. Avec, notamment, la fameuse coenatio rotunda, une salle de banquet octogonale couronnée d’une coupole de 14 m de diamètre, dotée à l’origine d’un mécanisme rotatif évoquant le mouvement des astres dans la voûte céleste. Suétone évoque aussi à propos de ce « planétarium », des caissons en marqueterie d’ivoire, percés d’ouvertures d’où s’échappaient « des fleurs et parfums se répandant sur les convives ». Certes, la visite actuelle ne donne qu’une faible idée de la démesure du projet néronien.
Dès l’Antiquité, le palais fut dépouillé de ses marbres précieux, de ses stucs dorés auxquels il doit son nom. Ses fresques, caractéristiques des IIIe et IVe styles pompéïens, ont subi l’épreuve du temps. On a peine à imaginer les trompe-l’œil, les jeux d’architectures factices et de perspectives savantes qui en animaient la conception.
En un utile complément à la visite, on pourra toutefois se référer au magnifique ouvrage édité par Franco Maria Ricci, reproduisant un album gouaché du XVIIIe siècle qui entretient la mémoire des décors peints du somptueux édifice. Conservé au Département des Arts graphiques du Louvre, et jamais encore exposé, ce recueil constitue l’un des rares témoignages des fastes décoratifs de ce Versailles romain.

ROME, Domus Aurea, visites uniquement sur rendez-vous, renseignements : tél. (39) 06 397 499 907. À lire : Roma, Domus Aurea, éd. Franco Maria Ricci, 136 p., 700 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°509 du 1 septembre 1999, avec le titre suivant : Néron en son palais

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