Dimanche 18 février 2018

Natacha Lesueur

Le Journal des Arts

Le 17 janvier 2008

À l’occasion de son exposition personnelle à la galerie Praz-Delavallade, à Paris, Natacha Lesueur a répondu à nos questions.

Quel est le contenu de votre nouvelle exposition ?
Je présente une série de neuf photographies de grand format qui composent un ensemble cohérent. Elles représentent des mannequins dont les coiffures ressemblent à des pièces montées. Au premier regard, on ne peut voir le visage et la coiffure ensemble. Dans ces nouvelles photographies, le visage devient le socle d’une sculpture. Une idée de contrainte physique s’en dégage également : on a l’impression que ces femmes, qui sont comme des idoles immobiles, portent un poids sur leur tête.

Comment concevez-vous vos images, qui sont à mi-chemin entre la photographie de mode et le cliché qui accompagne une recette de cuisine ?
Il n’y a pas de place laissée au hasard. Avant de prendre une photographie, je sais exactement comment va se construire la sculpture et quels postiches je vais utiliser, car je fais beaucoup d’essais avant la séance de pose.
Je conçois mes photographies comme des tableaux. En ce qui concerne le choix des modèles, qui sont uniquement des femmes, j’ai recours à un casting en vue d’harmoniser le visage et la coiffure, mais aucune individualité ni personnalité ne doit surgir des images. Ce qui prime, c’est la composition. Pour cette série, ma source d’inspiration vient des grandes pièces de buffet. J’ai réalisé moi-même les coiffures. Un coiffeur professionnel a pour objectif qu’une coiffure tienne quatre heures dans une journée active et va donc employer des procédés un peu kitsch. De mon côté, j’avais besoin que mes compositions ne tiennent que le temps d’une prise de vue. Je suis plus dans l’idée du tour de force, d’aller plus loin dans ces échafaudages de nourriture et de cheveux.

Justement, comment expliquez-vous l’utilisation récurrente de la nourriture dans votre travail plastique ?
J’essaie de prendre une certaine distance à l’égard de la nourriture, mais j’y reviens toujours. Bien entendu, j’ai évolué. Avant, mes photographies étaient plus crues, elles rappelaient l’effet d’un trucage de cinéma. Comment, par exemple, un grain de maïs peut-il devenir une dent ? Par la suite, je me suis dirigée vers des choses plus voisines de la gastronomie que de l’alimentaire, vers une sorte de gastronomie de l’œil. Il est vrai que je suis proche d’une esthétique d’image de mode, mais en réalité je construis toujours mes images comme des pièges qui jouent sur l’effet d’immédiateté, de séduction au premier regard. Le temps que l’on passe devant une photographie est une donnée importante dans mon travail, car, dans mes compositions, il y a souvent deux images. Dans la série précédente, les Tests optiques, réalisée en 2000-2001, on remarque d’abord la position du modèle dans un environnement ordinaire, et ensuite seulement les tests optiques inscrits sur son corps. À un moment précis, on appréhende le contenu et le contenant. Avec cette nouvelle série que je présente à la galerie Praz-Delavallade, on perçoit le maquillage et la coiffure avant de se rendre compte qu’il s’agit en réalité de nourriture, d’un trucage qui va au-delà du glamour de l’image de mode. Mon travail porte sur le regard, sur son déplacement dans l’image. Le spectateur a l’impression de rentrer dans un univers banal, mais en réalité il y a quelque chose d’étrange, des crevettes ou de la viande séchée dans les cheveux, par exemple. Habituellement, on trouve ces aliments dans nos assiettes. D’où à la fois une certaine attraction et une répulsion. Mes images sont plus perverses qu’elles ne paraissent.

Galerie Praz-Delavallade, 28 rue Louise-Weiss, 75013 Paris, tél. 01 45 86 20 00, jusqu’au 2 novembre. À consulter également le site Internet de l’artiste : www.natachalesueur.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°154 du 13 septembre 2002, avec le titre suivant : Natacha Lesueur

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