Mercredi 20 novembre 2019

Paris-16e

Napoléon au féminin

Musée Marmottan-Monet Jusqu’au 26 janvier 2014

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 17 octobre 2013 - 415 mots

Historien d’art et collectionneur, Paul Marmottan fut le spécialiste du Consulat et de l’Empire, et son hôtel du Ranelagh, aujourd’hui Musée Marmottan Monet, un des premiers lieux mettant en valeur l’art de cette période.

Un écrin idéal donc pour une exposition inédite consacrée aux sœurs de Napoléon, reines et princesse d’Italie. Le parcours chronologique servi par une scénographie intelligente s’articule autour de l’événement charnière du sacre de Napoléon  représenté par le célèbre portrait du baron Gérard. Il suit la vie incroyablement fastueuse de ces trois princesses et reines dans les cours de Naples, Rome et Florence. On les découvre à travers une galerie de bustes en marbre marquant le début de la visite, parmi les huit enfants Bonaparte, sous le portrait de Madame Mère, autour de l’illustre frère qui les mandatera tous pour régner sur les territoires de l’Empire.
L’aînée, Elisa, princesse de Piombino et de Lucques et grande duchesse de Toscane, occupa une place importante au sein de l’entourage de Napoléon. Elle fut un véritable chef d’État sachant imposer ses idées et ses choix. Férue d’art, elle s’entourait de peintres et de sculpteurs talentueux. Elle est du reste représentée dans un tableau de Benvenuti, en compagnie des artistes de sa garde rapprochée, dont font partie plusieurs femmes peintres. Elle réveilla les manufactures de Toscane et fit de Carrare le plus important producteur de marbre et le fournisseur de bustes de cour. Ceci explique le nombre pléthorique de portraits impériaux, formidables outils de propagande, réalisés par le sculpteur Bartolini, mais aussi par le grand Canova. Le premier l’a représentée en chef d’État, le visage sérieux, le second en divinité grecque. La cadette, Pauline, princesse Borghèse, est, elle, étrangère aux enjeux du pouvoir : frivole, sensuelle, elle fut surtout célèbre par ses amours. Canova a immortalisé sa beauté « de camée antique » en Vénus victorieuse, dont on peut admirer le modèle réduit au centre de l’exposition. Elle pose encore, gracile, parée des fabuleux bijoux Borghèse dans un tableau de son peintre attitré, François Gérard, le regard bienveillant dirigé vers le buste tutélaire de son frère. Charme et énergie émanent des portraits de la troisième sœur, Caroline Murat, princesse de Naples. Ambitieuse également, elle fut la seule à tenter de résister à l’Empereur afin de régner de manière autonome. Le dernier tableau est une œuvre d’Ingres la figurant toute de noir vêtue – nul ne sut jamais pourquoi. Il tempère l’éclat aveuglant des ors de l’Empire et termine cette exposition par une amusante note de mystère.

« Les sœurs de Napoléon. Trois destins italiens »,

Musée Marmottan-Monet, 2, rue Louis-Boilly, Paris-16e, www.marmottan.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°662 du 1 novembre 2013, avec le titre suivant : Napoléon au féminin

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