Vendredi 6 décembre 2019

IER EMPIRE

Napoléon à Arras

Le Journal des Arts

Le 13 décembre 2017 - 583 mots

La vie de l’empereur est retracée dans un très riche parcours grâce aux collections de Versailles, permettant de découvrir des tableaux peu connus de l’épopée napoléonienne.

Arras. Le château de Versailles est aussi un grand musée napoléonien, il abrite la plus grande collection de tableaux historiques et de portraits commandés par Napoléon lui-même pour sa communication. « Ces œuvres sont habituellement dispersées en réserves et dans les différents lieux de Versailles, entre Trianon, la galerie des Batailles et les appartements », explique Marie-Lys Marguerite, directrice du Musée des beaux-arts ­d’Arras. Pour leur troisième collaboration, le château de Versailles et le Musée des beaux-arts d’Arras ont donc décidé de rassembler ces collections.

Frédéric Lacaille, conservateur en chef à Versailles, et Marie-Lys Marguerite ont conçu un parcours clair, chronologique et pédagogique, où les érudits passionnés (nombreux dans les études napoléoniennes) pourront découvrir des œuvres peu exposées, et le grand public apprendre les grandes étapes de l’épopée du Corse devenu empereur.

Il y a, certes, des passages obligés comme le Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, par David (1802). Mais l’image emblématique du chef de guerre succédant aux héros passés est accompagnée de deux autres tableaux présentant les difficultés de l’armée de réserve à passer le fameux col. Dans L’Armée de réserve descendant le Grand-Saint-Bernard, le 20 mai 1800 de Nicolas-Antoine Taunay (1808), le soir tombé et sous la neige, les soldats soignent leurs engelures.

Quatre ans plus tard, Bonaparte est empereur : la scénographie de la salle dédiée au sacre de Napoléon est très réussie, lui conférant grandeur et solennité. Avant d’arriver aux portraits officiels de l’empereur et de l’impératrice, les maréchaux, ministres et grands officiers de la Couronne contemplent les visiteurs. Ces portraits, commandés pour les Tuileries, devaient illustrer la gloire et l’origine militaire du pouvoir. Sur une estrade, Napoléon Ier, empereur des Français, de François Gérard (1808) institue l’iconographie impériale. À ses côtés, un portrait méconnu de Joséphine, impératrice des Français (1807) par Guillaume Guillon-Lethière étonne. S’il n’a pas la prestance de son portrait par Gérard (conservé au château de Fontainebleau), ce tableau versaillais, restauré pour l’occasion, souligne la grâce de cette éphémère impératrice et son goût certain pour le raffinement de sa vêture. Ensuite viennent les batailles, largement illustrées par les peintres d’Empire. Entre Ulm, Austerlitz, Eylau ou Wagram, l’empereur aimait s’entourer de l’illustration de ses faits d’armes. Tout aussi friand était-il des représentations de sa famille : pour établir une dynastie pérenne, il commande bustes et portraits peints de ses frères et sœurs, mariés aux plus grandes familles européennes.

Inflexion néoclassique des arts décoratifs
Au détour d’une salle, on découvre une cinquantaine de réductions de portraits exécutés par François Gérard. Ces riccordi ou esquisses sont entrées dans les collections de Versailles en 1837, et illustrent la puissance de Paris sous l’Empire, qui attire une clientèle internationale en quête de luxe et de monstration. Un échantillon du mobilier Empire, au pedigree impeccable, montre les inflexions néoclassiques appliquées aux arts décoratifs. La chute de l’empereur est vite expédiée, avec des œuvres postérieures à la mort de Napoléon, agrémentant sa légende.

En fin de parcours, un impressionnant marbre de Vincenzo Vela présente Les Derniers Jours de Napoléon Ier (1866). Idéalisé, l’ex-empereur est assis, en robe de chambre, durant son exil à Sainte-Hélène. Sur ses genoux, la carte de l’Europe, à jamais perdue. La sculpture, présentée à l’Exposition universelle de 1867, fut achetée par Napoléon III pour Versailles. Il possédait une photographie de la sculpture de son oncle dans sa chambre des Tuileries. La légende napoléonienne pouvait se poursuivre.

Napoléon, images de la légende,
jusqu’au 4 novembre 2018, Musée des beaux-arts d’Arras, 22, rue Paul-Doumer, 62000 Arras.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°491 du 15 décembre 2017, avec le titre suivant : Napoléon à Arras

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