Art contemporain

Nantes mérite le voyage

Par Anne-Cécile Sanchez · lejournaldesarts.fr

Le 9 juillet 2019 - 699 mots

NANTES

Le Voyage à Nantes épouse les évolutions de la ville, et s’efforce, par ses audaces et sa diversité, de créer la surprise.

Stéphane Vigny, Reconstituer (détail), 6 juillet 2019, Place Royale, le Voyage à Nantes. © Photo Martin Argyroglo / LVAN.
Stéphane Vigny, détail de l'installation Reconstituer, 6 juillet 2019, Place Royale, le Voyage à Nantes.
© Photo Martin Argyroglo / LVAN

Les cloches de l’église ont repris du service, le jet de la fontaine est réglé pour décroître au moment fatidique, le café voisin a donné son accord … toutes les heures pendant deux mois la même scène, à quelques variantes près, va se répéter place Graslin : entre bruits de tronçonneuses et bande-son des Dents de la Mer, l’étrange horloge humaine conçue par Malachi Farrel avec Constantin Leu et Ludovic Nobileau se mettra en branle, expulsant au passage quelques plumes que l’on imagine être celle d’un coucou … découpé ? Human Clock n’est peut-être pas l‘œuvre la plus subtile de cette 8e édition du Voyage à Nantes, mais elle est symbolique d’une ville à l’unisson d’une manifestation d’art contemporain devenue très populaire.
 
Avec ce parcours estival d’œuvres et d’expositions, Nantes tient son petit « effet Bilbao » : « la fréquentation est en augmentation constante depuis le lancement en 2012, avec environ 650 000 visiteurs l’année dernière », assure Jean Blaise, son directeur artistique. Il rappelle que l’on compte désormais 30 œuvres pérennes le long de l’estuaire menant à Saint Nazaire, et 18 en ville. 

Très attendu, le Voyage se doit d’étonner. Il s’y emploie cette année avec une programmation marquée par plusieurs innovations et une création forte tout juste dévoilée, le Belvédère de l’Hermitage de Tadashi Kawamata, dont la mise au point et la construction auront duré quatre ans. En surplomb du boulevard extérieur, cette passerelle en porte-à-faux offre une vue panoramique sur la Loire. Observé depuis le quai du hangar à bananes sur l’île de Nantes, juste en face, l’objet prend la forme d’un gros nid en bois de mélèze blotti à flanc de falaise. Il signale aussi les changements du paysage urbain dans lesquels s’immisce le parcours : le quartier de Chantenay, autrefois industriel, est aujourd’hui en pleine mue avec son futur parc de loisirs paysagé. 

Pour surprendre, la production du Voyage n’hésite pas à prendre des risques : ainsi de l’agencement Place Royale de quelque 600 statues, Minerve, Victoire de Samothrace et autres angelots en béton joufflus, copies triviales disposées en étoile par Stéphane Vigny pour son installation Reconstituer qui interroge la notion de modèle et de reproduction « à l’identique ». 

Stéphane Vigny, Reconstituer, 6 juillet 2019, Place Royale, le Voyage à Nantes. © Photo Martin Argyroglo/ LVAN.
Stéphane Vigny, Reconstituer, 6 juillet 2019, Place Royale, le Voyage à Nantes
© Photo Martin Argyroglo/ LVAN

Un peu plus loin, le même Stéphane Vigny a imaginé de faire s’effondrer plusieurs fois par jour le O en néon du cinéma Katorza, afin qu’il encercle la silhouette en noir et blanc de Buster Keaton placée sur un pignon en appendice de la façade. 

Librairie, pharmacie, magasin de chaussures… depuis qu’en 2014 la programmation a proposé à des commerçants de confier leurs devantures à des artistes dans la cadre de l’opération « De L’art des enseignes », une trentaine d’entre eux ont joué le jeu. Cette année, même le Club hôtelier de la Métropole est de la partie : huit créations spécifiques ont été imaginées pour autant d’établissements qui se trouvent ainsi signalés sur le parcours temporaire. C’est Pierrick Sorin qui a été invité à investir ces espaces, situés à l’extérieur ou dans les halls d’entrée : l’artiste vidéaste a conçu huit théâtres miniatures librement inspirés par l’histoire des lieux, dispositifs loufoques à effets holographiques dont les protagonistes lilliputiens affublés de costumes à poils se saisissent tous à un moment d’un téléphone – titre générique : Hôtels et Faunes. C’est surréaliste et parfaitement réjouissant. 

Outre les invités dont les noms sembleront familiers aux amateurs d’art contemporain - Eva Jospin, Flora Moscovici, Claire Tabouret … ou encore le duo Dewar et Gicquel, qui finalise une sculpture monumentale à découvrir en 2020 - le Voyage à Nantes affirme aussi son style en allant à la rencontre d’artistes moins identifiés. C’est le cas de Benoît Rondot, qui déménage son atelier et ses collections, moitié entomologie, moitié inventaire de l’outillage et des machines du siècle passé, dans la galerie Le Rayon Vert. Les peintures qu’il produit, à l’image de son univers de réminiscence, fascinent. Tout comme la Jungle Intérieure d’Evor, luxuriant jardin suspendu dans le temps à contempler, passage Bouchaud, du haut d’un escalier spécialement aménagé. 

Le Voyage à Nantes, du 6 juillet au 1er septembre 2019

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