Mystérieuses allégories, les Saisons et les Éléments suscitent toujours maintes interprétations

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 27 septembre 2007

Scherzi (plaisanteries), capricci (fantaisies), grilli (lubies)… Pour ses contemporains, les deux tétralogies d’Arcimboldo, les Saisons et les Éléments, suscitaient déjà étonnement et interrogations.
Quatre siècles plus tard, dépourvu des références culturelles de la Renaissance, le spectateur manque souvent de clefs d’interprétation pour comprendre leur portée. Quel sens caché dissimulent ces peintures mystérieuses, ces « natures mortes devenues caprices allégoriques » selon la formule de l’historien d’art André Chastel ?

Des éléments de la nature en rapport avec le sujet
Arcimboldo procède toujours de manière similaire. Le portrait, de profil, est défini par une accumulation d’éléments naturels ayant tous un rapport avec le sujet de la peinture. L’Eau (1566, Vienne) est ainsi peinte à partir d’un assemblage d’animaux marins (vertébrés, amphibiens, mollusques, crustacés…). La forme y entre donc en résonance avec le motif représenté et l’association des différentes parties constitue le tout.
L’affaire se complique encore avec certains tableaux qualifiés de réversibles. Ainsi de L’Homme-Potager (Crémone, Museo Civico), portrait élaboré à partir d’un assemblage de légumes qui devient, une fois le tableau retourné, une minutieuse nature morte.

Un jeu de références complexes à décrypter
Inventeur d’une méthode d’une grande originalité, Arcimboldo connaît un vif succès et copie lui-même ses séries. Il est également imité par une génération d’ « arcimboldesques » qui ne parviennent jamais véritablement à égaler son talent. Car au-delà de la formule brillante, Arcimboldo inscrit ses œuvres dans le climat intellectuel de la Renaissance.
Influencé par les traités de son époque, il y glisse des références : emblèmes, symboles héraldiques ou dynastiques. L’ensemble de la peinture se mue alors en une allégorie à registres multiples, maniant un jeu de correspondances en vogue à la Renaissance.

Derrière la nature se cache un message politique
« Selon Fonteo [collaborateur d’Arcimboldo et auteur de poèmes sur ses peintures], le message des métamorphoses d’Arcimboldo est un hommage au nouvel empereur, romain et sacré. De même que l’empereur domine le corps politique, et donc le monde du microcosme ou de l’homme, on peut considérer également qu’il exerce son pouvoir sur le monde plus vaste des saisons et des éléments », analyse Thomas DaCosta Kaufmann dans le catalogue de l’exposition L’Effet Arcimboldo : les transformations du visage au seizième et au vingtième siècle (1987). Les bienfaits du gouvernement des Habsbourg se traduisent donc par l’harmonie des saisons. Ainsi du Portrait de Rodolphe II en Vertumne (1590, Stockholm) qui assimile l’empereur au dieu des jardins, donc des saisons et de la nature.
Au-delà de la bizarrerie apparente, appréciée en tant que telle, se cache donc un message qui a séduit ses protecteurs. Celui-ci s’inscrit par ailleurs dans le cadre d’une réflexion contemporaine sur le rôle de la peinture : simple imitation du réel ou imitation fantastique de la réalité ? Déjà véhiculée par Platon, cette idée est reprise en 1591 dans un traité qui passa entre les mains du peintre. Qui formula clairement sa réponse.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°595 du 1 octobre 2007, avec le titre suivant : Mystérieuses allégories, les Saisons et les Éléments suscitent toujours maintes interprétations

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