Vendredi 13 décembre 2019

Karlsruhe (Allemagne) - Staatliche Kunsthalle

Mourir en beauté

Jusqu’au 19 février 2012

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 21 décembre 2011 - 405 mots

Une aquarelle avec rehauts dorés exécutée en 1502 par Dürer décrivant avec une précision scientifique un canard mort est le premier tableau à accueillir le visiteur.

Elle converse avec le Colvert de Jean Fautrier, une huile datée de 1926 qui fige en trois tons la silhouette du petit animal et clôt ce long parcours. De même, Le Brochet du Loing sobrement coloré, déposé sur une nappe blanche, que Sisley reproduit en 1888 répond aux poissons échoués en désordre sur une grève peints par Jan Van Kessel en 1660.

Entre ces approches extrêmes où becs et ramures, pelages, écailles et plumes soit rayonnent comme des victoires, soit condamnent ce combat inégal, il est intéressant de voir combien les perceptions de la mort des animaux ont évolué au cours des siècles. Célébrer la richesse de la nature, louer l’habileté des tireurs ou exposer leurs trophées, ou encore rendre compte de la lente agonie des bêtes ? Pendant longtemps, les artistes peignent avec raffinement, vérité et volupté ces corps que la vie vient de quitter. Frans Snyders, Jan Weenix (1642-1719) aux Pays-Bas, Jean-Baptiste Oudry et Jean Siméon Chardin en France composent des tableaux qui sont des odes aux plaisirs de la chasse et de la table. Mais les sensibilités évoluant, l’animal devient moins gibier que créature, davantage solidaire de l’homme, mieux, métaphore de ses souffrances et de sa propre disparition. La triste Dinde plumée que Goya a vue à l’agonie (1808), les derniers soubresauts argentés des Trois Carpes de la Loue que Courbet a saisis sur le vif (1872) mettent bien en évidence cette nouvelle démarche esthétique et servent en quelque sorte de plaidoyer de la « gent trotte-menu » chère au fabuliste ! 

S’appuyant sur la collection constituée à l’origine par les ducs de Bade puis par le musée lui-même, cette présentation sans précédent de la nature morte animalière réunit, grâce aux prêts venus de nombreux musées étrangers, cent vingt-cinq œuvres signées par des maîtres aussi divers que Jan Bruegel, Rubens, Ensor et Soutine. Son intérêt vient de l’originalité du sujet, abordé pour la première fois avec la volonté de présenter un vaste panorama de ce genre mal connu, d’en souligner les parentés et les paradoxes et surtout de traiter des symbolismes de la beauté quand elle est liée à la mort des bêtes.

Voir « La Beauté et la Mort. Natures mortes animalières de la Renaissance à l’époque moderne »

Staatliche Kunsthalle, Hans-Thoma-Straße 2-6, Karlsruhe (Allemagne), www.kunsthalle-karlsruhe.de

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°642 du 1 janvier 2012, avec le titre suivant : Mourir en beauté

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