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Molinier l’immoral

L'ŒIL

Le 1 décembre 1999

La personnalité et l’œuvre de Pierre Molinier (1900-1976) comptent parmi les plus fascinantes du siècle. Il se voulut « un homme sans moralité, il s’en fit gloire et honneur ». Cette absence de moralité correspond surtout à une liberté folle vis-à-vis des conventions sociales, dans les domaines très clivés du sexe, de l’amour, de l’art et de la mort. Molinier n’aura de cesse de chanter haut et fort, avec un sens merveilleux de la provocation, sa vitalité sexuelle, en exaltant ses singularités : fétichisme, masochisme, androgynie, goût du travestissement, de l’exhibition et de la mise en scène. Tout cela, doublé d’allusions ésotériques, forme la « matière » de son art. Molinier est d’abord un peintre.
Ses peintures très étranges, d’une douceur empoisonnée, scandalisent la bonne société de Bordeaux, où il vit, mais ravissent André Breton qui, à partir de 1955, entreprend de le « lancer ». Entre chaque glacis, explique l’artiste, il passe une couche de son sperme, afin de « magnétiser » l’œuvre en y introduisant sa substance vitale. Mais sa notoriété actuelle tient surtout à ses photographies et photomontages. Molinier s’y met en scène, travesti, portant un masque de femme, avec force voilettes, miroirs et godemichés. Résultant d’un extraordinaire bricolage, amoureusement retouchées,
les images produisent souvent un trouble vertigineux. C’est que l’obscénité y est entièrement transcendée par la beauté.

GENÈVE, galerie Guy Bärtschi, jusqu’au 29 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°512 du 1 décembre 1999, avec le titre suivant : Molinier l’immoral

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