Dimanche 21 octobre 2018

Modigliani, emprunts et empreintes

Musée Thyssen-Bornemisza et Fondation Caja (Madrid) jusqu’au 18 mai 2008

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 26 février 2008 - 314 mots

Homme de la rue et de la nuit, des cafés et des bordels, Amedeo Modigliani (1884-1920) fut de tous les scandales. Génial parce que maudit, exubérant et  désespéré, il n’aurait pu être qu’un ange déchu, un simple clown mélancolique jouant invariablement son dernier tour de piste. Or s’il parvint à se soustraire à ce strict sensationnalisme, il le dut autant à un talent singulier qu’à des affinités électives sans pareil.
En étudiant les liens qu’entretint l’Italien avec ses proches comme avec ses aînés muséographiés, le musée Thyssen-Bornemisza et la fondation Caja de Madrid explorent doctement une création à l’aune de l’héritage multiforme qui la régénéra. Cent trente œuvres majeures érigent ainsi Modigliani en regardeur attentif de son temps, depuis les expositions du Grand Palais qui célébrèrent Gauguin (1906) et Cézanne (1907) jusqu’à sa découverte de Picasso ou de l’art primitif. Nourrie d’une dette envers Brancusi et Derain, sa sculpture en taille directe est à cet égard éloquente puisqu’elle atteste la permanence du dialogue que Amedeo Modigliani instaura avec les siens pour réinventer des formes archétypiques des avant-gardes.
Quant à eux, les grands nus réinvestissent une tradition inaugurée avec Botticelli et Giorgione à laquelle ils administrent une violence chromatique et une altération expressive innovantes. Peu à peu, irriguée par la grammaire des autres, la langue de Modigliani s’affirme, gagne en accents et donne le ton à une école de Paris polyglotte.
Lehmbruck, Foujita, Pascin, Orloff, Kisling, Soutine : nombreux sont celles et ceux qui doivent à ce Livournais, mort à 36 ans, la formation de leur propre vocabulaire. Désormais, il conviendra de voir en Modigliani un acteur principal de la modernité comme son inestimable passeur.

« Modigliani et son temps », Musée Thyssen-Bornemisza, Paseo del Prado, 8, Madrid (Espagne), tél. (0034) 902 100 222 ; et Fondation Caja Madrid, Plaza de San MartÁ­n, 1, Madrid (Espagne), tél. (0034) 902 246 810, jusqu’au 18 mai 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°600 du 1 mars 2008, avec le titre suivant : Modigliani, emprunts et empreintes

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