musée

Michel-Ange mystérieux à Manhattan

L'ŒIL

Le 1 février 2000

En 1996, Kathleen Weil-Garris Brandt révélait avec fracas l’existence d’un Michel-Ange en plein cœur de Manhattan : la petite statue en marbre trônant depuis un siècle dans le hall de l’Hôtel Payne-Whitney, sous le regard indifférent du personnel de l’Ambassade de France, serait de la main du génie toscan. L’œuvre pourrait être assimilée au Cupidon commandé en 1496 par le banquier Jacopo Galli. Cette attribution un brin péremptoire, révélée dans le New York Times, n’avait pas manqué de susciter un tollé dans le milieu des historiens de l’art. La polémique ressurgit aujourd’hui alors que l’œuvre quitte pour la première fois New York, le temps d’être soumise au jugement des Européens. Après Florence, où les confrontations stylistiques avec le Bacchus ou la Bataille des Centaures se sont avérées peu probantes, l’énigmatique Cupidon fait étape au Louvre. Les Parisiens vont-ils ressentir le choc new-yorkais ou partager la réserve florentine ? Pour Jean-René Gaborit « il y a des arguments dont le poids est réel accréditant une attribution à Michel-Ange, mais aucune preuve ». Dans le catalogue de l’exposition, le commissaire dépassionne le débat en passant au crible chacun des arguments avancés par Kathleen Weil-Garris Brandt et ses détracteurs. Il relève notamment la coïncidence troublante, mais imparfaite, entre la statue de Manhattan et le Cupidon de Michel-Ange tel qu’Aldrovandi la décrit en 1568 : absence d’ailes, présence d’un vase au pied de l’enfant, mais aucune mention sur la particularité d’un carquois pourtant singulier : une patte de félin. Aldrovandi situe par ailleurs cet attribut « al lato » (sur le côté), alors que le Cupidon de Manhattan le porte sur le dos... Le débat reste donc ouvert. Et Jean René Gaborit de conclure : « Il est des cas où l’analyse des textes et l’examen minutieux des œuvres doit laisser place à une approche plus instinctive (...) : le Cupidon de Manhattan fait-il naître en nous l’émotion particulière ressentie devant les sculptures de Michel-Ange ? »

PARIS, Musée du Louvre, 11 février-3 avril, cat. éd. RMN, 48 p., 60 ill., 50 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°513 du 1 février 2000, avec le titre suivant : Michel-Ange mystérieux à Manhattan

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