Albertina, Vienne jusqu’au 9 janvier 2011

Michel-Ange entre les lignes

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 28 octobre 2010 - 392 mots

Qui n’a jamais vu un dessin de Michel-Ange (1475-1564) n’a rien vu. Celui qui n’a jamais entraperçu quelques-unes de ces feuilles parcourues par la plume alerte, celui qui n’a jamais approché ces papiers jaunis où la main fouille, ausculte, vibre, celui-là n’a rien vu. Ou, plus exactement, il n’a encore rien vu.

Fait exceptionnel, il est aujourd’hui possible de contempler une réunion de quelque cent vingt dessins de l’artiste, soit un cinquième de la production de Michel-Ange, et ce grâce à la stupéfiante exposition que lui consacre l’Albertina qui, en plus d’abriter la plus prestigieuse collection d’arts graphiques au monde, peut revendiquer des prêteurs exceptionnels : les Offices, la Casa Buonarroti, le Louvre, le Metropolitan Museum of Art ou encore la Royal Library.

Superlative, l’exposition paraîtra hyperbolique à qui n’aura pas la chance de se rendre à Vienne. Car il faut la voir pour la croire : des débuts avec les études pour La Bataille de Cascina jusqu’aux compositions tardives et maniéristes, presque baroques, tout y est du talent de Michel-Ange. Tout, de la sanguine, de la pierre noire, de l’encre. Tout, des muscles qui saillent, des émotions qui perlent, des gestes qui parlent. Esquisses, croquis, projets ou fantaisies, les dessins donnent à voir conjointement la naissance de l’idée et la poursuite obsédée de sa réalisation.

Nul artiste ne saura ainsi expliciter le double sens du mot italien disegno – le concept et la forme, le dessein et le dessin. C’est que Michel-Ange dessine aussi vite qu’il pense. Le trait d’esprit est simultanément un trait de plume, sans délai, sans médiation autre que le génie. D’où, parfois, ces feuilles inachevées comme autant de songeries interrompues, de récréations intermittentes, la pensée comme batifolant et la main papillonnant à sa suite.

Épiphanie de l’idée, le dessin de Michel-Ange est-il égalable, ou tout juste comparable ? Si l’exposition le confronte in fine à certaines réalisations contemporaines, de Sebastiano del Piombo ou de Daniele da Volterra, la conclusion pourrait revenir à Charles Blanc : « Auprès de lui, Raphaël, Raphaël lui-même, lorsqu’il ne l’imite pas, n’est plus qu’un adolescent plein de grâce, le Corrège un génie féminin, André del Sarte un élève exquis, Bandinelli un rhéteur, et Rembrandt un va-nu-pieds sublime. »

Voir

« Michel-Ange : les dessins d’un génie », Albertina, Albertinaplatz 1, Vienne (Autriche), tél. 00 43 1 534 830, www.albertina.at, jusqu’au 9 janvier 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°629 du 1 novembre 2010, avec le titre suivant : Michel-Ange entre les lignes

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