Michaux, résurgent

L'ŒIL

Le 1 octobre 1999

« Un continuum comme un murmure, qui ne finit pas, semblable à la vie », tel est le principe qui sous-tend l’expression multiforme d’Henri Michaux. Celui-ci s’en explique dans Émergences-Résurgences, en 1972, alors qu’il fait le point sur ses incursions dans le domaine graphique et pictural. La création plastique, chez lui, n’est pas dissociée de l’écriture : elle en constitue le prolongement en s’imposant là où le langage verbal semble se heurter aux frontières de l’indicible. L’exposition que lui consacre la Bibliothèque Nationale mise ainsi à juste titre sur une présentation conjointe des deux aspects de son œuvre, de 1922 à 1984, en reprenant l’adage de l’artiste : « peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie. » Conduisant l’automatisme surréaliste à ses ultimes conséquences, Michaux expérimente la peinture, l’aquarelle, le dessin, la gravure dans le but d’accéder à ce qu’il nomme « l’espace du dedans ». Grâce au papier autographique, il se forge des « réservoirs d’images » ouverts à tous les assemblages. Lorsqu’il gratte la couche d’encre à même la pierre lithographique, comme dans la série des Meidosem de 1948, il fait surgir du noir des figures incertaines. À partir des années 50, l’usage de la mescaline rend possible l’assimilation de la main à un véritable sismographe, donnant forme à des plages de lignes abstraites. Entre le geste et le signe, le tracé de Michaux est voué à préserver, dans le processus expressif, sa charge d’indétermination.

PARIS, Bibliothèque Nationale de France, 5 octobre-31 décembre, cat. coéd. BNF/Gallimard, 240 p., 250 ill., 350 F, et galerie Marwan Hoss, jusqu’au 17 décembre, galerie Berthet-Aittouarès, 1er octobre-13 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°510 du 1 octobre 1999, avec le titre suivant : Michaux, résurgent

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