Vendredi 14 décembre 2018

Genève

Médias électroniques et identité féminine

Les installations vidéos de Pipilotti Rist

Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1995 - 403 mots

Pour son exposition au Musée d’art et d’histoire, Pipilotti Rist a rassemblé six installations vidéos réalisées ces quatre dernières années, dont une est le remaniement d’une performance présentée lors du vernissage. Cette exposition, organisée à la suite du Prix BCG 1994 remporté par Pipilotti Rist – prix accordé par la Banque cantonnale de Genève à l’artiste suisse le plus novateur –, présente un bon échantillon du travail à plusieurs facettes de cette jeune artiste.

GENÈVE - Rist, âgée de 32 ans, est l’une des artistes suisses les plus intéressantes de sa génération. Elle utilise la technologie de la vidéo pour explorer les effets des médias électroniques sur la condition de l’identité féminine. Parfois provocantes, ses vidéos et installations sculpturales se concentrent sur le corps de la femme – souvent le sien –, ainsi que sur son fonctionnement biologique, sexuel et social.

La plus récente de ses installations, “Lipsticky rêve (image d’artifice)” est l’enregistrement d’un strip-tease effectué par une professionnelle lors du vernissage de l’exposition, et qui est diffusé continuellement sur grand écran. En surimpression, apparaissent les images pré-enregistrées de la danseuse au ralenti, prises sous des angles provocateurs. L’ensemble est placé devant un fond rouge et blanc, les couleurs nationales de la Suisse, et la strip-teaseuse est également vêtue de rouge et de blanc.

Pipilotti Rist fait ici allusion à l’interaction entre le réalisme et le côté artificiel des images vidéo – et donc à leur pouvoir d’excitation des fantasmes sexuels –, ainsi qu’au dépouillement métaphorique des contraintes culturelles imposées au corps féminin, en dehors du contexte de la pornographie.

Parmi les cinq autres installations, la plus grande et la plus imposante est l’un des trois éléments présentés par Rist dans le cadre de sa participation au pavillon suisse lors de la récente Biennale de São Paulo. Intitulée “Perlen der Zeit (Perles du Temps)”, cette installation consiste en une structure pyramidale de cinq mètres de long émergeant du mur, et qui comporte, dans sa partie basse, des ouvertures pratiquées à différentes hauteurs. À l’intérieur, on peut voir des images, au ralenti ou déformées, d’un corps nageant, marchant, ou s’habillant.

La structure, qui ressemble à un stand de “peep-show”, requiert la participation du spectateur et force ainsi le public à reconnaître ses tendances au voyeurisme. Dans son ensemble, cette exposition est une représentation solide, bien que fragmentée, de l’œuvre de Rist à ce jour.

Pipilotti Rist

Musée d’art et d’histoire de Genève, jusqu’au 16 février.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°10 du 1 janvier 1995, avec le titre suivant : Médias électroniques et identité féminine

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