Samedi 24 février 2018

musée

Max Ernst : expérimentations graphiques

L'ŒIL

Le 11 janvier 2008

L’invention technique de Max Ernst dans le domaine des arts graphiques constitue certainement l’un des aspects les plus intéressants de son œuvre. Le Musée des Beaux-Arts de Gand accueille à l’automne la prestigieuse collection du Musée Würth de Künzelsau. Plus de 150 gravures, lithographies, collages et photogrammes sont réunis et exposés ensemble pour la première fois. Aucune unité formelle n’encadre cette production foisonnante. Ernst, au contraire, a expérimenté toute sa vie avec des procédés qui visent à transgresser les techniques traditionnelles et à mélanger les genres. Par ses collages en partie retouchés à la plume et souvent photographiés après coup pour en augmenter l’illusion, exposés à Paris en 1921, Ernst inspire à André Breton les prémices théoriques du Surréalisme, en faisant naître des images fantastiques à partir de rencontres insolites. Avec le frottage, pratique par laquelle il laisse apparaître l’image par contact avec l’objet, l’artiste dit « assister en spectateur » à la création de son œuvre. Les nombreux livres produits par Ernst témoignent de cette mobilité expérimentale. Outre les célèbres exemples créés en collaboration avec les poètes dada et surréalistes, tels Tristan Tzara, Paul Eluard, André Breton, Antonin Artaud, Ernst a aussi écrit certains de ses textes, comme celui qui ponctue le roman-collages Une Semaine de bonté. En collaboration avec d’autres artistes, il parvient à introduire dans la gravure la liberté de l’empreinte manuelle. Pour le livre de René Crevel, Mr Knife and Mrs Fork, il réalise avec Man Ray des rayogrammes de ses propres frottages, faisant poser chaque image 255 fois contre le papier photographique. Avec l’aide du graveur Stanley William Hayter, qui l’initie à la technique du verni mou, il décline les empreintes dans la matière liquide : au peigne, aux papiers froissés, aux feuilles de platane, pour le recueil de Tzara, Où boivent les loups. Ce parcours très diversifié témoigne aussi du dialogue qui s’établit, dès le début des années 20, entre le domaine graphique et le domaine pictural, les deux s’alimentant continuellement, à la manière de vases communicants.

- GAND, Musée des Beaux-Arts, Citadelpark, N. Liemaeckerplein 3, tél. 9 240 07 00, 15 septembre-17 novembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°539 du 1 septembre 2002, avec le titre suivant : Max Ernst : expérimentations graphiques

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque