Matisse-Rodin

Face-à-face monumental

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 29 juin 2009

Le face-à-face Matisse-Rodin décliné au musée Matisse et au musée des Beaux-Arts de Nice suscite la curiosité, tant ces artistes semblent a priori éloignés sur le plan formel.

Le rapprochement met en évidence différences et similitudes et nous éclaire sur le processus créatif des deux artistes.
Tous deux revendiquent la filiation avec leurs maîtres Bourdelle, Barye et Maillol qui, les premiers, donnèrent la primauté à l’expression du corps. Cette expression, Rodin n’a eu de cesse de la représenter, lui qui a exploré l’homme dans tous ses états. Matisse, lui, souhaite tout simplement « servir le mieux possible l’expression ». La sculpture semble être pour eux un médium d’expression d’une sensibilité, d’une émotion de l’artiste. Subjugué par le mouvement du corps humain, Rodin s’enthousiasme pour l’art chorégraphique et l’expression de la danse. Selon Matisse, un tableau est le produit d’une « coordination de rythmes », sa Danse en est la parfaite illustration. L’ampleur des figures de Matisse rejoint la monumentalité des sculptures de Rodin.
Mais alors que l’œuvre du premier tend vers une expression dramatique, le second simplifie la sienne pour la réduire à l’essentiel. Elle lui ouvre de nouvelles perspectives, celles
des papiers gouachés. Le papier découpé devient le support essentiel du travail de Matisse. Il découpe avec de gros ciseaux des feuilles coloriées à la gouache. Il dessine directement dans la couleur, associant ainsi le contour à la surface, la ligne à la couleur. « Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs. »
Rodin consacre les dernières années de sa vie à dessiner, abandonnant la sculpture, sauf pour quelques œuvres de commande. Il réalise des dessins coupés et assemblés, des silhouettes collées. Il fait glisser le crayon en une ligne continue qu’il remplit parfois d’un lavis de couleur pour mettre en valeur ses formes.
Les formes devenues essentielles dans l’œuvre de Rodin renvoient ainsi aux papiers gouachés découpés de Matisse.

« Matisse-Rodin, un parcours sans fin », musée Matisse, 164, avenue des Arènes de Cimiez, Nice (06), www.musee-matisse-nice.org, jusqu’au 27 septembre 2009. « Les Rodin du musée : regards photographiques », musée des Beaux-Arts, 33, avenue des Baumettes, Nice (06), tél. 04 92 15 28 28, www.ville-nice.fr, jusqu’au 27 septembre 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°615 du 1 juillet 2009, avec le titre suivant : Matisse-Rodin

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