Samedi 22 février 2020

Martigny (Suisse)

Matisse & co.

Fondation Pierre Gianadda Jusqu’au 22 novembre 2015

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 26 août 2015 - 352 mots

Les expositions Matisse sont extrêmement prisées du public, mais il devient de plus en plus difficile de réunir une rétrospective de l’artiste.

Il faut alors chercher d’autres idées, et celle de Cécile Debray, commissaire de cette exposition, est particulièrement réussie : elle présente l’artiste dans son contexte culturel, alors qu’il  est souvent présenté seul. Soixante-dix toiles, dont quelques pièces maîtresses venues du Centre Pompidou, et quatorze collections suisses retracent ses liens avec ses amis peintres et le replacent dans le contexte de la modernité. L’accrochage s’articule en un parcours chronologique ponctué de parenthèses thématiques. On le suit depuis ses années de formation, lié avec ses amis Rouault, Valtat, Marquet, Camoin et Manguin par le même maître, Gustave Moreau, réputé pour son libéralisme, partageant avec eux l’utilisation des couleurs puissantes. Durant l’année 1904, à Saint-Tropez où il peint aux côtés de Signac, Matisse entreprend Luxe, calme et volupté, dont l’influence semble manifeste dans l’application des principes divisionnistes. En 1905, la couleur s’impose à travers les fulgurantes prestations de Matisse et Derain à Collioure. Le scandale de « la cage aux fauves » au Salon d’Automne baptisera le fauvisme et consacrera Matisse, auquel Braque se ralliera. Lorsque Matisse prend ses distances avec le fauvisme et se souvient de Cézanne, sa peinture l’éloigne de Derain et de Braque, qui rallient Picasso. L’un et l’autre sont les grands initiateurs du cubisme, dont Matisse n’aime guère les premières manifestations. Il est vrai que dans leur cubisme analytique, Picasso et Braque ont supprimé la couleur que Matisse considère comme son véhicule de prédilection. Son intérêt trouve un nouvel élan au contact de Juan Gris et lui inspire son paradoxal Porte-fenêtre à Collioure. En exergue, l’exposition revisite les thèmes centraux de la peinture matissienne : les odalisques peintes de 1921 à 1928, d’une aura si prégnante que Picasso procédera à quelques emprunts dans son cycle de variations sur les Femmes d’Alger, la représentation de l’atelier que l’on retrouvera chez Braque, Dufy, Giacometti et lui vaudra un hommage appuyé du même Picasso à travers sa série des Intérieurs de La Californie. Une exposition qui offre de belles confrontations et procure une véritable délectation esthétique.

« Matisse en son temps »

Fondation Pierre Gianadda,Martigny (Suisse), www.gianadda.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°682 du 1 septembre 2015, avec le titre suivant : Matisse & co.

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