Mercredi 19 décembre 2018

Martin Parr, so british !

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 septembre 2005 - 310 mots

Il collectionne les bibelots les plus kitsch de la création anglaise : tasse à l’effigie de Charles et Diana, cendrier au motif effroyable, des dizaines d’objets joliment installés dans une petite pièce tapissée de portraits. Pas n’importe lesquels, ceux de Martin Parr pris à Bangkok, là à Birmingham par d’autres photographes. Tantôt la tête dans une gueule de requin en papier mâché ou tel un premier communiant sur fond bleuté. Il est comme cela Martin Parr, il n’a peur ni du mauvais goût, ni du ridicule. Moins sûr en revanche que ses sujets envisagent pleinement le jour sous lequel ils apparaîtront au gré des séries acides accumulées par le Britannique depuis le début des années 1970. L’exposition de la Maison européenne de la photographie retrace trente ans de photographie, du noir et blanc à la couleur criarde des dernières années. Premiers reportages féroces sur la bourgeoisie d’Hebden Bridge dans le Yorkshire puis sur les classes ouvrières du nord de l’Angleterre. Tout est déjà là de la démarche de Parr : ce goût pour la classe populaire, pour ses grands airs et ses petites joies, ses intérieurs au raffinement douteux, ses loisirs. L’humanité sans autre forme de procès, de morale. Martin Parr ne se pose pas en censeur, il observe. Les touristes, les Anglais à la plage, les living-rooms, les réunions tupperware passent devant l’œil acéré et tendrement moqueur de ce gentleman so british ! Avec dérision mais sans moquerie, il a livré une œuvre forte moins futile que ses dernières séries plus mode pouvaient le laisser penser. On aurait juste aimé que le parcours réponde à la cohérence visuelle de ses recherches par une unité spatiale.

« Martin Parr, œuvres 1971-2001 », PARIS, Maison européenne de la photographie, 5/7 rue de Fourcy, IVe, tél. 01 44 78 75 00, www.mep-fr.org, jusqu’au 18 septembre. Monographie de Martin Parr publiée en français chez Phaidon, 39,95 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°572 du 1 septembre 2005, avec le titre suivant : Martin Parr, so british !

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