Maroc, l’Occident extrême

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 1 avril 1999

Pour les marins et conquérants de l’Antiquité, au-delà des Colonnes d’Hercule marquant le détroit de Gibraltar, il n’y avait rien, rien que l’immensité de l’océan qui interdisait d’aller plus loin. Tous les courants culturels venus du nord ou de l’est, et même de l’Orient, ont été contraints de s’arrêter là et y ont pris racine. De leur fusion au cours des siècles est née une civilisation riche, forte et autonome. Tout se déroule comme une très longue fresque. Où situer le début ? Difficile à dire. Mais il est certain que dès les temps les plus reculés il y eut des habitants dont l’existence est attestée par des silex taillés et surtout, à l’âge du bronze, par un bel ensemble de gravures rupestres, cousines de celles du Sahara. L’histoire en tant que telle a commencé avec une forte implantation phénicienne et punique, féconde en créations raffinées. À cette vague proche-orientale devaient succéder d’autres envahisseurs, mauritaniens puis romains. Des bronzes, marbres et mosaïques ornent alors les demeures qui s’emplissent de céramiques, verreries, ivoires et bijoux, proies faciles et tentantes pour les Vandales venus d’Espagne au Ve siècle. Avec les conquérants arabes, combattants de la guerre sainte, l’histoire bascule encore une fois avant de s’épanouir pleinement avec le triomphe du livre. De grandes figures intellectuelles, Averroès ou Maimonide, transmettent l’héritage de la science et de la philosophie grecques tout en l’enrichissant des apports de la civilisation arabo-andalouse. L’architecture prend alors un essor magistral. Les murs se couvrent de carrelages vernissés aux brillantes couleurs qui voisinent avec des éléments de marbre ou de bronze. Pour la vie quotidienne, tant citadine que rurale, la céramique  produite par les grands centres de Fès et Safi projette partout ses lumineux reflets. L’époque moderne est enfin évoquée par un ensemble de parures qui soulignent la coexistence de différents milieux culturels.

Petit Palais, 14 avril-18 juillet, cat. Paris-Musées, 272 p., 250 ill., 390 F. À lire : J. Bravo, X. Richer, I. Genini, Maroc, Royaume des mille et une fêtes, éd. Plume, 220 p., 350 F. et K. Mourad, F. Ramirez, C. Rolot, Arts et Traditions du Maroc, éd ACR, 310 p.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°505 du 1 avril 1999, avec le titre suivant : Maroc, l’Occident extrême

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