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Marie-Antoinettemania

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2008

Surfant sur le film de Sofia Coppola, le Grand Palais signe une exposition-spectacle sur la dernière reine de France.

PARIS - Pathétique au sens littéral du terme : ainsi pourrait-on résumer la nouvelle exposition du Grand Palais, véritable ode à la figure de Marie-Antoinette, reine sacrifiée, adulée puis haïe, remise au goût du jour par le film de Sofia Coppola, en 2006. « Cela n’aura échappé à personne, depuis trois ans [2005 fut l’année du 250e anniversaire de sa naissance], Marie-Antoinette est partout », rappelle en introduction du catalogue Xavier Salmon, commissaire de l’exposition, tandis que Pierre Arizzoli-Clémentel, co-commissaire, et directeur général de l’établissement public du Musée et du Domaine national de Versailles (qui est coproducteur de la manifestation), va jusqu’à parler de « Marie-Antoinettemania ». C’est dans ce contexte à mi-chemin entre culte de la personnalité et fascination pour le destin tragique de la dernière reine de France transformée en icône branchée, que le projet a vu le jour. Alors que l’exposition, à Versailles, en 1955, dressait le catalogue des objets ayant plus ou moins appartenu à Marie-Antoinette, le Grand Palais souhaite « raconter l’histoire d’une vie », précise Xavier Salmon. Pour ce, près de trois cents œuvres, peintures, sculptures, dessins, imprimés et objets d’art ont été réunies dans une mise en scène théâtrale signée Robert Carsen. Coutumier de l’Opéra national de Paris, le metteur en scène n’a pas lésiné sur les moyens pour élaborer « une véritable tragédie en trois actes ». Rappelant l’architecture des châteaux de Schönbrunn et de Versailles, les premières salles en enfilade abordent l’enfance et l’éducation artistique de Maria Antonia Anna Josepha Johanna et de la nombreuse descendance de Marie-Thérèse et François-Étienne de Habsbourg-Lorraine. Aux portraits de la famille impériale, de Jean-Étienne Liotard ou Martin van Meytens, succèdent bientôt ceux de la jeune Reine de France, signés Elisabeth Vigée-Le Brun, Louis-Auguste Brun ou Joseph Boze. Pour témoigner de sa prédilection pour les objets d’art, Robert Carsen a imaginé deux grandes scènes de théâtre rappelant les jardins du Trianon que le visiteur découvre après avoir franchi un rideau de scène peint, le tout en musique. Services en porcelaine, vases de la manufacture royale de Sèvres, pièces de mobilier, maquettes et projets d’éléments de décors attestent d’un goût raffiné avec un net penchant pour l’Orient, comme le montre le secrétaire à cylindre de Jean-Henri Riesener prêté par le Metropolitan Museum of Art de New York, ou la table à écrire (1784) conservée au Louvre. Citons encore la série d’objets associant l’agate, le jade, le jaspe, le marbre et l’or ciselé, réalisés dans les années 1784-1788 par Charles Ouizille et Pierre-François Drais, bijoutiers du roi.
Après avoir descendu l’escalier en colimaçon, le visiteur se trouve face à un grand miroir grossièrement brisé, métaphore peu subtile du déclin de Marie-Antoinette et de la période révolutionnaire. Affaiblie par le scandale de l’affaire du collier, accusée de ruiner le royaume, Marie-Antoinette tente de répondre à la critique en diffusant l’image d’une mère modèle, à l’exemple du grand tableau peint par Vigée-Le Brun en 1787. Apothéose de ce parcours jouant sur l’émotion, la dernière partie conçue comme un couloir de la mort avec des cimaises noires et un éclairage lugubre, mêle aux dessins satiriques de l’époque des objets personnels de la famille royale (chemise, mèche de cheveux, jeu d’enfants) emprisonnée au Temple. Ce goulot d’étranglement s’achève sur une ultime image, Marie-Antoinette croquée par David dans l’attente imminente de la mort, présentée enserrée dans une vitrine en forme de guillotine et agrémentée d’une fine lame d’acier. On peut légitimement s’interroger sur l’utilité de tels artifices. « À travers la figure de Marie-Antoinette, il s’agit de faire venir le public à une exposition sur les Arts décoratifs français du XVIIIe siècle », justifie Thomas Grenon, administrateur général de la Réunion des Musées nationaux, en charge des expositions aux Galeries nationales du Grand Palais. L’institution espère attirer 250 000 visiteurs et tirer bénéfices des nombreux produits dérivés créés pour l’occasion. Il paraît néanmoins regrettable que la manifestation n’ait pas lieu au sein même du Château de Versailles qui a rouvert, après restauration, le « Domaine de Marie-Antoinette » autour du Petit Trianon, en 2006. L’écueil du spectaculaire aurait ainsi pu être évité.

MARIE-ANTOINETTE, jusqu’au 30 juin, Galeries nationales du Grand Palais, 75008 Paris, tél. 01 44 13 17 17, tlj sauf mardi, 10h-22h et 20h le jeudi. Catalogue, éditions RMN, 398 p., 49 euros, ISBN 2-7118-5486-8.

MARIE-ANTOINETTE
- Commissaires : Pierre Arizzoli-Clémentel, directeur général de l’Établissement public du Musée et du domaine de Versailles ; Xavier Salmon, chef de l’Inspection générale, direction des Musée de France, Paris
- Scénographie : Robert Carsen
- Nombre d’œuvres : 300

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°278 du 28 mars 2008, avec le titre suivant : Marie-Antoinettemania

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