Mercredi 13 novembre 2019

Art contemporain

Marcel Duchamp la pensée à l’œuvre

La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès jusqu’au 13 juillet 2013

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 27 mai 2013 - 449 mots

PARIS

Marcel Duchamp, celui dont l’attitude a pris le dessus sur le métier, père à sa manière de l’art conceptuel, était-il le meilleur choix pour inaugurer le nouveau cycle d’expositions de La Verrière, l’espace d’exposition de la Fondation Hermès à Bruxelles qui, rappelons-le, défend le slogan « Nos gestes nous créent » ?

Guillaume Désanges, le nouveau commissaire d’expositions du lieu, en est convaincu. Par sa manifestation, joliment intitulée « Des gestes de la pensée », il entend démontrer que celui qui a d’abord abandonné la peinture pour l’objet manufacturé (le ready-made) puis, plus tard, la pratique de l’art pour celle des échecs – enfin le croit-on – est aussi un obsédé du travail manuel bien fait, certes d’exécution lente, mais bien fait. Il a mille fois raison. André Breton, qui voyait en Duchamp une « véritable oasis pour ceux qui cherchent encore », n’aurait d’ailleurs sans doute pas contredit le commissaire dont l’ambition est de relire son œuvre autrement.

Ainsi, au centre de La Verrière est-il exposé l’une des éditions de la Boîte en valise de l’artiste, petit musée portatif contenant les reproductions de ses premières œuvres. Cette « boîte » est accompagnée d’une autre, aussi fameuse, La Boîte verte, qui renferme cette fois les notes de l’artiste. À la première le métier, à la seconde, donc, l’intellect ; soit les deux faces d’un même artiste qui ne faisait aucune distinction dans la réalisation d’une œuvre, d’une idée – voir l’attention quasi esthétique portée à la rédaction des notes –, de leur reproduction – chez Hermès, Duchamp devient son propre faussaire – comme dans la réalisation des boîtes elles-mêmes.

Autour de ces dernières rayonnent à La Verrière d’autres œuvres, d’autres artistes qui s’inscrivent dans la même microéconomie de moyens que celle déployée par Duchamp. Difficile, en effet, de ne pas songer à lui, à ses boîtes comme à son élevage de poussière, devant le Tapete de Francisco Tropa, simple « machine » (un paillasson dans une boîte en bois) à récolter la poussière, tout comme devant l’Aérogel d’Ann Veronica Janssens, un bloc taillé dans le matériau le plus léger du monde composé de 99 % d’air, et dont Duchamp n’aurait pas rechigné à faire un ready-made.

Plus loin, le ballet mécanique et mathématique d’un mobile chorégraphié par Elias Crespin démontre que la beauté du « geste » se niche aussi dans la pensée, indissociable de la main chez Duchamp. Cette main dont la « chirologue » Charlotte Wolff avait réalisé l’empreinte dans les années 1930, cherchant à y déceler l’expression de… la pensée. La boucle est donc bouclée lorsque Hans-Peter Feldmann se réapproprie cette empreinte par la photographie. Preuve que derrière chaque geste qui crée, se cache une pensée.

« Des gestes de la pensée »,

La Verrière, 50, boulevard de Waterloo, Bruxelles, www.fondationdentreprisehermes.org

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°658 du 1 juin 2013, avec le titre suivant : Marcel Duchamp la pensée à l’œuvre

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