Vendredi 6 décembre 2019

Art ancien

XIXE SIÈCLE

Mais qui est donc l’énigmatique Georges Michel ?

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 7 mars 2018 - 837 mots

PARIS

La rare rétrospective consacrée par la Fondation Custodia au peintre permet un regard critique des œuvres attribuées à ce paysagiste mal connu, admiré de Van Gogh et précurseur de la peinture en plein air.

Paris. Après le Monastère royal de Brou (Bourg-en-Bresse), la Fondation Custodia accueille Georges Michel (1763-1843). Ger Luijten, directeur de la Fondation, raconte comment, ayant décidé d’organiser cette exposition il y a quatre ans, il s’est aperçu que le musée de Bourg-en-Bresse avait la même intention. Le commissariat est donc conjoint, entre lui et Magali Briat-Philippe, responsable du service des patrimoines dans ce musée. Le temps était venu de rouvrir le dossier d’un peintre que Raymond Bouyer, dans un article de La Gazette des Beaux-Arts de 1897, appelait « l’aîné des modernes ».

En vérité, on ne sait que peu de chose de Georges Michel. En novembre 1846, Théophile Thoré, critique d’art dans le journal Le Constitutionnel, avait bien tenté une brève biographie du « hardi paysagiste », mais c’est Alfred Sensier qui, en 1873, lui consacrait un livre, sans doute à l’instigation du marchand d’art Paul Durand-Ruel. Avec le flair qui le caractérisait, celui-ci avait entrepris d’acheter ce qu’il pouvait trouver de l’artiste disparu depuis trente ans et de spéculer sur lui. Surtout – et c’est ce qui explique l’intérêt des Hollandais et de la Fondation Custodia pour Georges Michel –, Vincent Van Gogh le mentionne à plusieurs reprises dans ses lettres comme un modèle. La Fondation est propriétaire de deux huiles (l’une sur toile, l’autre sur papier) et de nombreux dessins présentés à l’exposition. La plupart des autres œuvres proviennent de musées français, où Georges Michel est bien représenté, et de collections particulières.

Ce qui complique les choses pour l’étude du peintre, confie l’historien de l’art Michel Schulman qui travaille à son catalogue raisonné, est qu’il existe « certainement énormément de faux. Dès qu’il y a un moulin dans un tableau du XIXe, on l’attribue à Michel. Il faut dire qu’il ne signait jamais… » Comble de l’ironie, la seule œuvre signée et datée présentée par la Fondation Custodia, La Sablonnière (1827), est commentée dans son cartel comme n’étant sans doute pas de sa main (Bourg-en-Bresse présentait un autre tableau daté, L’Orage, de 1828). Le peintre, surnommé au XIXe siècle le « Ruisdael de Montmartre » (sic), est donc l’une de ces énigmes qu’apprécient les historiens de l’art et, dans le catalogue qui fait le point sur la recherche, c’est Geneviève Lacambre qui se charge d’établir ce que l’on sait.

L’héritage lumineux des peintres du Siècle d’or

Ces incertitudes sollicitent le sens critique du visiteur. Parmi ces trente-cinq paysages, « sublimes » ou non, préfèrera-t-il, comme Michel Schulman, Montmartre en hiver, où un vacher conduit son troupeau dans la neige ? Ou la Vue de la Seine avec une diligence, un tableau du Louvre reproduit en grand à l’entrée du musée ? Ou encore Paysage orageux, cette huile sur papier quasi-expressionniste, une esquisse qui n’était pas destinée à être vendue et qui a fait partie de la collection Durand-Ruel ? Plus important : ces œuvres peuvent-elles être attribuées à un seul peintre ? Une exposition comme celle-ci permet la comparaison et devrait apporter des réponses. Enfin, des tableaux hollandais (de Ruisdael, Koninck, Kessel, Saftleven…) sont présentés dans la troisième salle et chacun peut s’interroger sur l’héritage que Michel a pu recevoir de ces artistes, dont on pense qu’il a copié ou restauré des œuvres pour le compte du marchand Jean-Baptiste Lebrun, à la fin de l’Ancien Régime. Dans le catalogue, Grégoire Hallé aborde largement ce sujet.

Si l’exposition de Bourg-en-Bresse comprenait une quinzaine de dessins, la Fondation Custodia consacre plus de place à cet aspect de la production de Michel. Aux dires de sa seconde épouse, rencontrée par Alfred Sensier, il sortait dessiner chaque jour, utilisant notamment les petites feuilles du papier d’emballage de son tabac. On voit ici une quinzaine de ces croquis de poche. D’après Sensier, des centaines ont été vendus à la fin de la vie du peintre. Il ne fait aucun doute qu’il en dort encore dans les collections particulières et que le catalogue des œuvres de Michel, vraies ou supposées, ne fera que s’enrichir dans les années qui viennent.

La galerie de portraits de la fondation

 

Au sous-sol de la Fondation Custodia est présentée pour la première fois une sélection importante de sa collection de plus de cent portraits en miniature. Commencée par Frits Lugt, celle-ci continue d’être enrichie depuis la mort de l’historien de l’art en 1970 et fait désormais l’objet d’un catalogue raisonné. Peintes sur divers supports (vélin, ivoire, cuivre, etc.), les miniatures datent du XVIe au XIXe siècle. Parmi les œuvres d’artistes français, on note un Portrait de Dominique Vivant-Denon (vers 1805) par un anonyme qui l’a peint sur ivoire pour orner une reliure, un Portrait de Charles-Henri Delacroix (le frère du peintre, vers 1799-1800) par Henri-François Riesener, le Portrait de Julie Forestier (1806) par Ingres, le Portrait d’Eugène Fromentin (1841) par Jean-Baptiste Thévenet, acquis fin 2015 et le magnifique Portrait de Caspar David Friedrich (1820) par Adolphe Labroue, acquis en 2010.
É.S.


Georges Michel. Le paysage sublime, jusqu’au 29 avril
Les portraits en miniature,jusqu’au 29 avril
Fondation Custodia, 121 rue de Lille, 75007 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°496 du 2 mars 2018, avec le titre suivant : Mais qui est donc l’énigmatique Georges Michel ?

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