Luc Bellier : « Seul un collège d’experts savamment constitué peut faire face à l’œuvre de Picasso »

Luc Bellier est marchand et expert en art moderne

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 19 septembre 2013 - 579 mots

Quel est votre opinion sur l’authentification des œuvres de Picasso ?
Un regard perplexe et inquiet, sinon exaspéré. Depuis la mort de Picasso et la clôture de sa succession, c’est une rengaine lancinante : certains héritiers font de l’œuvre de Picasso un enjeu sur lequel ils exercent une emprise. Comme un écho à revers de l’Histoire, car les relations ont été exécrables entre l’artiste et ses enfants dès le milieu des années 1960. Il y a eu récemment l’acquisition faite par le Louvre-Abou Dhabi d’une œuvre inédite de Picasso : une découverte ! Pourtant, le site Internet de la Picasso Administration n’a nullement renseigné cette œuvre, n’en faisant pas même mention. Le catalogue du futur musée ne livre guère plus d’éléments probants. Or cette découverte mériterait des éclaircissements, tant cette œuvre comporte quantité de caractéristiques dérangeantes, au point de vouloir comprendre ce qui justifie son authenticité. Ce silence illustre une impossibilité récurrente des héritiers à se positionner comme gardiens du temple. L’œuvre de Picasso est la plus titanesque depuis celle de Michel-Ange, et seul un collège d’experts savamment constitué peut y faire face. Cela a été le cas pour Rembrandt et, désormais, pour Rubens. Pendant un temps, Maya semblait offrir un consensus dont on pouvait se satisfaire, mais comme le dit sa tribune publiée dans le Journal des Arts, la querelle avec son frère plonge tout le monde dans l’inconnu. Quant aux certificats, ils ne sont plus adaptés pour accompagner une œuvre. Quand rien n’est plus simple que de faire un faux certificat, il faut songer à une meilleure traçabilité, ce que le numérique peut offrir.

Mettez-vous en cause la légitimité des héritiers Picasso ?
Les héritiers ont toutes sortes de légitimités, notamment celle attachée à leur filiation, mais je récuse leur légitimité à prétendre ainsi statuer sur l’œuvre de Picasso. Étant donné ce qui s’est passé, et le fait que Claude Picasso veuille réécrire l’histoire avec son père, on est dans un contexte vicié, impropre à l’expertise et fondé sur rien de cohérent par rapport au droit et à la réalité. En fait, l’œuvre de Picasso est considérablement répertoriée par Christian Zervos d’abord, puis par des sommes d’autres catalogues pointus, sur le cubisme, la gravure, la sculpture, etc. La surveillance d’expertise demeure nécessaire, mais cela concerne surtout des dessins et des œuvres mineures.

Ce sont Christie’s puis Sotheby’s qui ont instauré cette situation devenue malsaine. Elles précisent désormais dans leur catalogue que Claude ainsi que Maya ont confirmé l’authenticité d’œuvres déjà connues et répertoriées. C’est un problème grave, car les maisons de ventes créent une jurisprudence qui finit par se répandre au sein des opérateurs du marché. Les auctioneers prétendent être obligés d’agir ainsi, mais je tends à penser qu’il s’agit de complaisance.

Diana et Olivier Widmaier-Picasso ne semblent-ils pas prendre la relève ? Que préconisez-vous ?
Pour l’avenir, et j’y travaille, il faut concevoir une nouvelle manière d’assurer qu’une œuvre d’art originale est bien conforme à ce qu’elle est réputée être. Je songe personnellement à une description universelle, et non plus à un certificat d’authenticité dont l’usage a fait dériver les mœurs et le droit. S’agissant de Picasso, il n’y a pas de droit divin. Les enfants des enfants doivent savoir bâtir autour d’eux, car il est souhaitable qu’ils participent à l’aventure d’un futur projet Picasso, comme l’a fait Bernard Picasso qui a pris une belle initiative à Málaga. L’œuvre de Picasso finira par imposer la création d’un collège international, qui serait en vie constante et sécurisé virtuellement.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°661 du 1 octobre 2013, avec le titre suivant : Luc Bellier : « Seul un collège d’experts savamment constitué peut faire face à l’œuvre de Picasso »

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