Louise Bourgeois

Intro/rétro...spective

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 2 novembre 2007 - 373 mots

Qu’elles soient simplifiées à l’extrême ou qu’elles procèdent de la mise en forme d’un dispositif complexe et quelque peu étrange, les œuvres de Louise Bourgeois sont toujours celles d’un être inquiet qui cherche dans l’art un ordre qui lui a fait défaut dans son enfance. Il y est question d’identité et d’altérité, de féminisme et de corps. Il y est question d’aliénation et de sexe, d’Éros et de Thanatos.
Née à Paris en 1911, installée aux États-Unis à la veille de la Seconde Guerre mondiale, après son mariage avec un historien d’art américain, Louise Bourgeois a passé son enfance et sa jeunesse en France, entre une mère équilibrée et rationnelle et un père saisi par la débauche. Après des études de mathématiques, elle suit les écoles du Louvre et des Beaux-Arts tout en travaillant à Montparnasse chez Bissière, Lhote et Friesz. Proche de Léger, elle lui doit de s’être consacrée à la sculpture mais c’est outre-Atlantique qu’elle a développé son œuvre dès la fin des années 1940.
Foncièrement autobiographique, celle-ci en appelle à quelques données élémentaires qui sont du domaine de la confession, de l’autoportrait, du souvenir et du fantasme. Particulièrement sensible, émotive et intuitive, voire écorchée vive, Louise Bourgeois est à même de passer indistinctement du rire aux larmes ou du pudique à l’intime – et vice versa. Bois, métal, marbre, latex, filasse, verre, vêtements, etc., l’artiste use sans frein de toutes sortes de matériaux dans des assemblages et des installations aux allures de cellules qui sont chargés d’une mémoire secrète et forts d’images sous-entendues.
Rétrospective, l’exposition que lui consacre la Tate Modern parcourt sept décennies d’une production artistique particulièrement prolifique qui mettent en valeur l’incroyable diversité des pratiques abordées par l’artiste. Peinture, dessin, estampe, sculpture, performance, Louise Bourgeois – qui considère l’œuvre d’art comme un moyen d’exploration intérieure – a tout écumé. D’autant qu’elle n’a jamais cessé de reprendre en compte tout au long de sa vie nombre d’expériences plastiques ; aussi, il n’est pas toujours facile de distinguer dans son œuvre un développement chronologique. Elle forme un ensemble dont chaque élément est lui-même à l’image du tout, lequel renvoie à celle du corps.

« Louise Bourgeois », Tate Modern, Bankside, Level 4, Londres (Grande-Bretagne), tél. 00 44 20 7887 8888, www.tate.org.uk, jusqu’au 20 janvier 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°596 du 1 novembre 2007, avec le titre suivant : Louise Bourgeois

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