Londres, à l'école de la chair

L'ŒIL

Le 1 novembre 1998

C’est en 1976, lors de l’exposition « The Human Clay » à la Hayward Gallery, que fut inventé le terme d’École de Londres. À l’inverse d’autres mouvements artistiques de ce siècle, dont l’appellation factice fut reniée par les artistes eux-mêmes, les peintres regroupés tardivement sous ce label n’ont jamais expressément récusé cette dénomination, somme toute, assez floue. Selon son inventeur, R.B. Kitaj, l’École de Londres comprend un ensemble de peintres figuratifs travaillant à Londres durant les années soixante. Bien que l’œuvre de ses membres (Francis Bacon, Lucian Freud, Frank Auerbach ou R.B. Kitaj) nous soit familière, la vision panoramique qui est aujourd’hui proposée est intéressante à plus d’un titre. À des degrés divers, tous ces artistes voulaient réinvestir le champ de la réalité et produire une peinture figurative authentiquement anglaise. Que cette redécouverte du réel s’incarne dans la figure humaine ne nous surprend pas. Par contre, le traitement des corps, tantôt distordus et fragmentés, tantôt restitués par le biais d’une touche expressionniste froide, produit invariablement une sorte de malaise pour qui les contemple. Ici, nul sentimentalisme. La viande et le sang affleurent dans les visages. Les corps semblent travaillés par d’obscures forces destructrices qui transparaissent dans chaque repli de ces personnages. Plus décevante est la deuxième partie de l’exposition consacrée à de jeunes artistes se réclamant de cette école. Seule Paula Rego avec ses inquiétantes scènes tirées de l’univers de Walt Disney parvient à entraîner cette tradition figurative vers un ton plus parodique, en adéquation avec les mouvements de notre société.

Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, jusqu’au 20 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°501 du 1 novembre 1998, avec le titre suivant : Londres, à l'école de la chair

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