Vendredi 20 septembre 2019

Grand-Hornu (Belgique)

L’œil machine d’Oursler

Mac’s Jusqu’au 23 février 2014

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 16 décembre 2013 - 322 mots

La fantasmagorie, c’est « l’art de faire revenir les fantômes ». À l’instar d’un spirite, le New-Yorkais Tony Oursler, né en 1957, fait apparaître au Mac’s du Grand-Hornu des spectres ainsi que des diables, des serpents et des monstres.

Avec une dizaine de pièces aux techniques mixtes, allant des premiers films bricolés des années 1980 aux productions in situ de 2013, ce « montreur » d’ombres et de lumières fait de la vidéo un art total qui requiert la participation du spectateur et où se combinent joyeusement peinture, théâtre, animation et documentaire. Bien sûr, on retrouve ici sa principale trouvaille, à savoir ses fameuses poupées-vidéos qui nous interpellent lors de notre déambulation. Mais on découvre aussi des pièces récentes surprenantes, comme ce groupe de trois mini-installations de 2011 (Hobo Effect, Breach, Satellite), qui donne véritablement l’impression, par tout un jeu de projections et d’associations, de pénétrer un cerveau humain afin de regarder les images qui s’y trouvent.   

Sur la fin, l’art d’Oursler ne cesse de monter en puissance. Son installation monumentale de 40 m de long, Phantasmagoria (2013), est un impressionnant dispositif kaléidoscopique rendant hommage à Robertson, fantasmagore belge de la fin du XVIIIe siècle dont il s’estime l’héritier. Et la remarquable pièce Open Obscura (1996-2013) est vraiment le clou du parcours. Les corps des poupées se réduisent désormais à de seuls globes oculaires filmés pendant qu’ils regardent la télé. En face de ces dévoreurs d’images qui n’ont pour visage qu’un œil-machine froid et distant, on songe alors au visionnaire André Breton : « Il viendra un jour où les images remplaceront l’homme et celui-ci n’aura plus besoin d’être, mais de regarder. Nous ne serons plus des vivants, mais des voyants. » À l’image d’un bon film d’horreur, cette exposition monographique de Tony Oursler amuse en même temps qu’elle fait froid dans le dos. Une réussite donc, car l’ensemble, sans jamais être moralisateur, constitue une brillante réflexion critique sur l’ère du visuel.

« Tony Oursler. Phantasmagoria »,

Mac’s, Musée des arts contemporains de la Fédération Wallonie-Bruxelles au Grand-Hornu, rue Sainte-Louise, 82, Hornu (Belgique), www.mac-s.be

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°664 du 1 janvier 2014, avec le titre suivant : L’œil machine d’Oursler

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