Samedi 15 décembre 2018

L’irrévérence en tête d’affiche

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 mai 2004 - 342 mots

Quinzième édition bien touffue que celle du Festival de l’affiche et des arts graphiques qui s’ouvre ce mois à Chaumont. L’opus précédent avait cédé à l’excitation numérique et aux nouveaux arts graphiques, ouvrant débats et devantures à des territoires transversaux, en mettant notamment à l’honneur l’incontournable bureau de design graphique M/M (Paris). Cette année, si le parcours imaginé par Pierre Di Sciullo, la présence des Londoniens Paul Elliman et du groupe G.T.F/Graphic Thought Facility, les débats, concours et ateliers toujours et énergiquement tournés vers la jeune génération et la professionnalisation du graphisme témoignent à nouveau de l’exigence d’ouverture annoncée par les organisateurs du festival, c’est bien aux amoureux de la belle affiche et de son insolence que s’adresse le cru 2004. En atteste le pari hardi et un brin formaliste tenté par Alex Jordan, appareillant en compositions fortuites, affiches anciennes issues du fonds Dutailly et ouvrages piochés dans les précédents concours internationaux du festival. En atteste encore et surtout la présence réjouissante de Roman Cieslewicz (1930-1996), auquel cette édition rend
un hommage appuyé par le biais de la saison polonaise en France (l’occasion de rappeler la traditionnelle fécondité de l’école polonaise de l’affiche, dans le sillage d’un Jan Mlodozenic ou d’un Andrzej Tomaszewski…). Deux espaces sont ainsi consacrés à celui qui fut directeur artistique du magazine Elle, concepteur de campagnes publicitaires, affichiste de cinéma, et qui, aux côtés d’Arrabal et de Topor, participa à la revue d’information du groupe Panique Kamikaze. Rectifiant le réel avec un savoureux humour, aussi exigeant qu’irrévérencieux, jetant par les collages, photomontages ou affiches le regardeur dans un inconfort espiègle et lucide, Cieslewicz s’est, en trente années d’activité en France, largement affirmé comme figure tutélaire du graphisme et de sa puissance d’impact. Quant à son frère d'impertinence, le dessinateur Willem, il se fixe lui aussi dans cette presque turbulente édition chaumontaise, ponctuant la ville de bouquets extravagants, sortes
de gerbes métalliques arborant quelques-unes de ses méchantes illustrations...

15e Festival international de l’affiche et des arts graphiques de CHAUMONT (52), www.ville-chaumont.fr/festival-affiches, tél. 03 25 03 86 80, 15 mai-27 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°558 du 1 mai 2004, avec le titre suivant : L’irrévérence en tête d’affiche

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