Samedi 17 février 2018

L’intimité en roman-photo

L'ŒIL

Le 19 août 2008

Toujours, la tentation fut grande de truquer une image qui ne demandait qu’à l’être. On ne s’attardera ni sur les tripotages pas très corrects visant à faire disparaître des individus sur des photographies destinées à passer à l’Histoire, ni sur les mises en scène élaborées dans le but de soutenir un argument ou une propagande. Si elle est éminemment suspecte dès lors qu’elle touche à l’actualité, la fiction photographique devient d’un coup plus poétique, drôle, ou simplement étrange lorsqu’elle aborde le registre de l’intimité. Dès son invention, ou presque, s’est posée la question : faut-il croire ce que l’on nous donne à voir ? Hippolyte Bayard, dans son Autoportrait en noyé, daté de 1840, fait référence à des attitudes théâtrales, voire à des mises en scène déjà utilisées en peinture, chez Rembrandt notamment. Mais il met aussi en doute la valeur informative du document photo. Doute à partir duquel toutes les fictions deviennent permises, encouragées peut-être. On pourra s’inventer des personnages comme Claude Cahun ou Andy Warhol, dérégler volontairement l’horodateur de l’appareil comme Noboyushi Araki, s’imaginer des vies comme Sophie Calle, raconter des histoires dont on est le héros, réel ou projeté, comme Duane Michals...
Ce qui compte, finalement, c’est le jeu, tout en déniant le caractère autoritaire de cet objectif qui prétend dire la vérité. Alors qu’il n’est jamais que l’instrument d’une subjectivité plus ou moins patente.

Espace Electra, 5 novembre-17 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°501 du 1 novembre 1998, avec le titre suivant : L’intimité en roman-photo

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