Art contemporain

L’intime au prisme d’Albertine

Crédac, Ivry-sur-Seine (94) - Jusqu’au 18 décembre 2022

Par Anne-Charlotte Michaut · L'ŒIL

Le 25 octobre 2022 - 287 mots

Art Contemporain -  C’est de manière décalée que le Crédac a décidé de célébrer le centenaire de la mort de Marcel Proust : en s’intéressant à la figure d’Albertine, héroïne proustienne mystérieuse et insaisissable à laquelle Ana Mendoza Aldana, commissaire, a voulu « donner corps ».

À rebours d’une ambition portraitiste, il s’est agi de prendre pour points de départ la manière dont ce personnage évolue à travers les yeux du narrateur et le traitement que lui a réservé la critique afin de proposer une réflexion plus vaste sur notre culture visuelle, la manière dont nos identités se définissent ainsi que les sexualités lesbiennes et « queer ». Pour ce faire, les œuvres d’une vingtaine d’artistes, de générations, origines, horizons et pratiques diverses, sont rassemblées au centre art, comme autant d’« interrogations [qui] participent à proposer une manière peut-être davantage complexe et polysémique de voir les choses et le monde ». De nombreuses pièces ont été réalisées pour l’exposition, comme les rideaux bleus et mauves d’Anne Bourse, qui habillent les larges baies vitrées et confèrent une atmosphère intimiste à la première salle, qui a été pensée comme une « chambre ». Dans cet espace domestique, se côtoient une installation présentant La Chambre de Chantal Akerman, des estampes de Marie Laurencin, des sculptures en céramique de Zoe Williams ou encore un lit biscornu réalisé par Marc-Camille Chaimowicz. Le parcours, qui se poursuit dans deux autres salles (« miroirs » et « hétérotopies »), s’échappe progressivement de la réalité quotidienne pour s’aventurer dans le fantasmagorique. Malgré un accrochage plutôt sage et conventionnel, des échos plus ou moins évidents se tissent entre les œuvres, dont un très beau dialogue entre les dessins du couple lesbien iranien Tirdad Hashemi et Soufia Erfanian, et les grandes peintures de corps enchevêtrés réalisées par Jean de Sagazan.

« La Fugitive »,
Centre d’art contemporain d’Ivry – Le Crédac, La Manufacture des Œillets, 1, place Pierre-Gosnat, Ivry-sur-Seine (94), www.credac.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°759 du 1 novembre 2022, avec le titre suivant : L’intime au prisme d’Albertine

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