Dimanche 25 février 2018

L’humanisme allemand à la sauce espagnole

L'ŒIL

Le 4 décembre 2007

À travers une exposition ambitieuse qui s’appuie sur deux cent trente-quatre œuvres issues des plus belles collections d’Europe, le musée Thyssen-Bornemisza et la fondation Caja Madrid étudient les liens entre l’art et la culture humaniste en Allemagne, à l’époque de Dürer (1471-1528) et de Cranach l’Ancien (1472-1553). Au musée Thyssen, le visiteur découvrira l’esthétique et le monde des artistes, tandis que la fondation Caja Madrid se consacre à la fonction politique et religieuse de l’art.
Une grande place est accordée à Dürer, introducteur de l’humanisme dans l’art allemand, pour qui, à l’instar de Léonard de Vinci, l’art est d’abord « cosa mentale ». L’exposition s’ouvre sur la représentation de la conscience de soi nouvelle de l’artiste, à travers notamment l’allégorie de La Mélancolie, tempérament que l’on associait alors à l’artiste.
La Renaissance allemande se caractérise aussi par un nouveau traitement de la réalité par les peintres, qui font revivre l’idéal classique de la mimesis. Si deux visions de la nature s’opposent – la conception idéaliste de Dürer, influencée par l’antique ; et le sensualisme d’un Cranach ou d’un Hans Baldung Grien, qui montrent les faiblesses de la chair –, tous les artistes pensent alors comme Dürer que « l’art est renfermé dans la nature, celui qui peut l’en extraire avec discernement le possède… » (Traité des proportions du corps humain, 1525). Cette nature offre à l’appétit scientifique du maître de Nuremberg des curiosités innombrables, parmi lesquelles un rhinocéros, cadeau diplomatique venu de Goa jusqu’à Rome, qu’il n’avait pas vu directement, mais à qui les témoignages suffisent pour créer une image d’une puissance toujours vivace.
Il faut poursuivre l’exposition à la fondation Caja Madrid pour découvrir l’engagement des artistes dans l’Histoire. En ces temps secoués par les guerres, le rôle de propagande de l’art l’emporte peu à peu sur la beauté. Les portraits de Luther, Érasme, Maximilien Ier sont des armes religieuses et politiques d’autant plus efficaces que la gravure les diffuse largement. L’exposition se clôt sur le thème de
l’Apocalypse, traité magistralement par Dürer et repris dans une spectaculaire tapisserie de Wihelm de Pannemaker, qui permet de dépasser l’Histoire pour entrer dans le mythe.

« Dürer et Cranach. Art et Humanisme dans l’Allemagne de la Renaissance », musée Thyssen-Bornemisza, 8, Paseo del Prado, Madrid, tél. 34 91 369 01 51 et fondation Caja Madrid. Plaza de San MartÁ­n, Madrid, jusqu’au 6 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°597 du 1 décembre 2007, avec le titre suivant : L’humanisme allemand à la sauce espagnole

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