Vendredi 14 décembre 2018

L’histoire mouvementée de quatre trésors miraculés du patrimoine afghan

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 6 août 2007 - 433 mots

Comme souvent, en archéologie, c’est à la faveur du hasard qu’allait s’effectuer l’une des découvertes les plus prometteuses sur le sol afghan. À une poignée de kilomètres de l’agglomération de Fullol, au sud de la ville de Baghlan, deux paysans tombèrent sur des récipients d’or et d’argent, dont le caractère précieux ne les empêcha guère de les briser à la hache ! Heureusement, une douzaine d’entre eux devaient être remis plus tard au Musée national de Kaboul, avant de disparaître à nouveau dans le chaos de l’histoire…
La présentation, au musée Guimet, de trois de ces vases en or miraculeusement retrouvés revêt donc un caractère exceptionnel. Ne révèlent-ils pas, à eux seuls, l’existence, au cœur de la Bactriane, d’une brillante société urbaine, au contact de la civilisation de l’Indus comme de la Mésopotamie ?

Aï Khanoum, une ville grecque aux confins des steppes
Dirigées par la Dafa (la Délégation archéologique française en Afghanistan), les fouilles d’Aï Khanoum allaient démontrer, quant à elles, l’existence d’une vaste cité grecque au confluent d’un  fleuve, l’Oxus (l’Amou-Daria), et d’une rivière, la Kokcha. Dotée d’un palais monumental, d’un théâtre et d’un gymnase, la ville comportait également une brillante école de sculpture, si l’on en juge le magnifique portrait présenté à l’exposition.
La vie religieuse, en revanche, trahissait encore des caractères orientaux, comme l’atteste cette somptueuse plaque en argent représentant la déesse Cybèle sur son char…

Les tombes de Tillia Tepe et le mystérieux « trésor de Begram »
Explorée par l’archéologue russe Viktor Sarianidi entre 1978 et 1979, la nécropole de Tillia Tepe devait livrer, elle aussi, un matériel archéologique d’une richesse proprement stupéfiante ! Couronne végétale, ceinture ponctuée de cavaliers chevauchant des êtres chimériques, bouquetin qu’on croirait achéménide, Aphrodite lorgnant du côté de l’Inde ou du royaume parthe, mais aussi cette myriade de plaquettes en or incrustées de turquoises, de grenats ou de lapis-lazulis… Toutes ces parures clament haut et fort le luxe de ces princes nomades inhumés aux confins de l’Afghanistan.
Mais le clou de l’exposition du musée Guimet est, sans nul doute, la présentation du « trésor de
Begram », mis au jour par l’archéologue français Joseph Hackin de 1937 à 1939. Reposant dans deux chambres murées, de sensuelles déités indiennes y côtoyaient des bronzes hellénistiques, non loin de laques chinoises et de verreries gréco-romaines.
Doit-on voir, dans cet ensemble exceptionnel, un dépôt dissimulé par peur des invasions, le stock secret d’un collectionneur, voire celui d’un marchand ? Si la date et l’origine précises de ce « trésor » demeurent obscures, il n’en révèle pas moins la place insigne de l’Afghanistan dans l’histoire complexe de ces régions.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : L’histoire mouvementée de quatre trésors miraculés du patrimoine afghan

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