Mercredi 19 décembre 2018

Les "sixties" ? côté art anglais

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2005 - 401 mots

Pour être insulaire, l’art anglais n’en est pas moins international. Du moins est-ce là le propos de l’exposition « Stroll on ! Aspects de l’art abstrait britannique des années soixante (1959-1966) » que présente le Mamco. Inscrite dans le cadre de sa programmation initiée en 2004, cette exposition vise à montrer, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, que le dynamisme de l’art anglais ne date pas
des années 1990 mais remonte à plusieurs décennies.
Si l’exposition « Britannica, trente ans de sculpture », présentée en 1989, en Normandie puis en Belgique, avait déjà permis d’en prendre la mesure, « Stroll on ! » est l’occasion de focaliser notre attention sur un temps plus court et sur un champ plus spécifique, qui est exclusivement abstrait.
L’intérêt de l’exposition genevoise réside dans la mise en valeur des relations qu’ont entretenues les artistes d’alors, tant avec une certaine histoire de l’art, passé et présent, qu’avec la situation pionnière qu’avait connue Londres côté Pop Art au mitan des années 1950. Tout en revendiquant leur pleine autonomie, les œuvres de peintres comme Richard Smith ou Bridget Riley et de sculpteurs comme Phillip King ou William Tucker en disent long en effet sur leur rapport à l’environnement que commence à façonner la société de consommation.
Conscients que notre perception du monde a été modifiée du fait du bombardement de nos sens par les symboles, les couleurs et les lumières des mass media, ces artistes que l’on pourrait dire « post pop » conçoivent des œuvres qui mêlent références urbaines, voire objets du quotidien, formes et figures géométriques.
Si une première génération d’artistes a souhaité se positionner au sein du « continuum entre les beaux-arts et les arts populaires » (le critique d’art Lawrence Alloway), celle qui a immédiatement suivi s’est davantage appliquée à bien marquer la qualité abstraite de sa démarche. Des artistes comme Derek Boshier ou Gerald Laing ont ainsi débarrassé leurs premières œuvres de toute référence iconographique par trop descriptive pour n’en conserver que la structure d’ensemble, le schéma directionnel.
Dans ces différentes manières, l’art anglais des sixties affirmait tout un lot de questionnements préfigurant ce qui allait animer par la suite la scène internationale. En ce sens, le propos de « Stroll on ! » ne manque d’être ni pertinent, ni judicieux.

« Stroll on ! Aspects de l’art abstrait britannique des années soixante (1959-1966) », Mamco, musée d’Art moderne et contemporain, 10 rue des Vieux Grenadiers, Genève, tél. 00 41 22 320 61 22, jusqu’au 15 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°575 du 1 décembre 2005, avec le titre suivant : Les "sixties" ? côté art anglais

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