Vendredi 23 février 2018

musées

Les riches heures lilloises

L'ŒIL

Le 29 février 2008

« Dresser le portrait d’une ville au cours d’un siècle dans une optique volontairement pluridisciplinaire, en mélangeant histoire, art, architecture, urbanisme, techniques et vie quotidienne ».  Ce genre original et ambitieux, si peu pratiqué dans l’Hexagone – on connaît un précédent à Bordeaux en 1989 – est celui retenu par Arnauld Brejon de Lavergnée pour l’exposition « Lille au XVIIe ». 350 peintures, pièces d’orfèvreries, documents d’archives... répartis entre le Palais des Beaux-Arts et l’Hospice Comtesse retracent l’histoire de la cité, de la Joyeuse Entrée des Archiducs Albert et Isabelle en leur bonne ville de Lille (en 1600) à la mort de Louis XIV (1715). Mélange des lieux, mélange des genres, l’écueil de la dispersion et de la confusion n’est pas totalement évité, mais louons l’intérêt scientifique de l’exposition. Aboutissement de quatre années de travail, elle a pour principal mérite d’avoir ouvert des pans entiers de recherche. L’orfèvrerie lilloise par exemple, jusque-là inconnue, offre au regard ses grandes monstrances d’argent, transpositions miniatures des retables flamands. Étudiées pour la première fois par Nicole Cartier, elles témoignent du rayonnement des ateliers lillois qui se substituent bientôt à ceux de Bruges et d’Anvers. Côté peinture, place aux réhabilitations. Arnould de Vuez, Jacob Van Oost, Jan Van Boeckhorst sortent des oubliettes où l’histoire de l’art et la concurrence des Rubens et Van Dyck les avaient relégués. À l’Hospice Comtesse, des salles d’ambiance favorisent l’immersion dans le quotidien du Grand Siècle. Avec des lourdes armoires surchargées de décors flamands, des semelles de poutre sculptées d’inspiration précolombienne, des faïences en camaïeu bleu ou encore quelque étonnant couvert pliant à la fois fourchette, cuiller et cure-dent.
On notera aussi de beaux torses de corporations évoquant les grandes processions annuelles lilloises, alors que sur les cimaises défilent les images aquarellées des magistrats de la ville, dans une ambiance festive digne des « grandes braderies ».

LILLE, divers lieux, jusqu’au 27 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°521 du 1 novembre 2000, avec le titre suivant : Les riches heures lilloises

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