Jeudi 13 décembre 2018

Les rêves de François-Xavier Courrèges

L'ŒIL

Le 1 mai 2004 - 381 mots

Il faut prendre le temps de se laisser apprivoiser par l’univers de François-Xavier Courrèges. La première vidéo, The Wind dancer (2004), présentée dans la grange de l’abbaye de Maubuisson, peut paraître hermétique par l’immobilisme du personnage et le rythme lent du récit. Celles qui suivent, dans une progression permanente vers le rêve, prennent toute leur dimension par le dialogue qu’elles instaurent avec ce lieu propice à la réflexion. Mis en images dans une mélancolie lancinante et poétique, les sentiments constituent le fil conducteur de l’œuvre de ce jeune vidéaste parisien, né en 1974. Premier exemple, Fusion (2003), qui met en scène dans un décor pop les personnages fictifs Ernest et Barnabé. Un couple enlacé, sous la forme de bougies, tourne sur lui-même et se consume ; image ironique d’une relation fusionnelle conduisant à une inéluctable destruction. D’amour passionnel, il en est aussi question dans Nous avons échoué (2001), où la rupture et la perte de soi à travers la perte de l’autre sont symbolisées par un homme abandonné au bord de la mer, à demi-noyé par les vagues qui viennent le recouvrir. D’amour, il s’agit encore dans Nuancier (2000), l’une des premières pièces de l’artiste. Vingt moniteurs, installés en cercle au centre duquel se place le visiteur, montrent dix-neuf visages de garçons sur un fond bleu, disant « je t’aime » face à la caméra, l’un après l’autre, selon un ordre aléatoire. Chacun d’eux est un amour possible, une couleur de ce Nuancier. Ils peuvent aussi sembler ne former qu’une voix et qu’un personnage, dans une harmonie parfaite. Un écran ne diffuse pas de visage, mais simplement le fond vide. Une pièce manquant au puzzle de cet amour idéal ou une issue possible ? On ne le saura pas. L’œuvre de François-Xavier se livre peu à peu, mais se plaît à brouiller les repères. Il en va ainsi de Rebirth (2002), qui clôt l’exposition. Un homme dans la nature dialogue avec le soleil, sur une musique étrange, un air de Vivaldi passé au ralenti et à l’envers. Ce mystérieux langage, peut-être l’expression de la pensée du personnage, trouble la perception du spectateur pour l’emmener ailleurs, entre rêve et réalité.

« J’ai un rêve », SAINT-OUEN-L’AUMÔNE (95), abbaye de Maubuisson, rue Richard de Tour, tél. 01 34 64 36 10, 31 mars-30 août.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°558 du 1 mai 2004, avec le titre suivant : Les rêves de François-Xavier Courrèges

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