Festival - Photographie

Les Rencontres d’Arles s’émancipent

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 8 juillet 2022 - 641 mots

ARLES

L’édition 2022, la première conçue par Christoph Wiesner, met les photographes femmes et le féminisme à l’honneur, ainsi que les résistances indiennes en Amérique.

Boris Heger. Site de distribution de nourriture, Abata, Soudan, 2006, photo présentée dans l'exposition Un monde à guérir. © CICR
Boris Heger, Site de distribution de nourriture, Abata, Soudan, 2006, photographie présentée dans l'exposition « Un monde à guérir ».
Photo Boris Heger
© CICR

Arles. L’édition 2022 des Rencontres d’Arles portent l’empreinte de leur nouveau directeur, Christoph Wiesner. Après une programmation 2021 héritée en partie de son prédécesseur, elle affiche un nombre d’expositions (27 au total) équivalent à ce que le festival proposait avant la crise sanitaire. Elle insuffle une ligne générale où dominent les femmes photographes avec une figure historique, Lee Miller ; un duo inattendu : Susan Meiselas et Marta Gentilucci ; le récit de vie de l’artiste américaine Bettina Grossman par Yto Barrada et Gregor Huber, et les solos shows de Frida Orupabo, Sandra Brewster, Léa Habourdin ou Noémie Goudal montrant leurs travaux récents ou inédits en France. À l’abbaye de Montmajour, le travail de la jeune Wang Yimo, lauréate du prix Jimei x Arles Discovery, sur une centrale électrique désaffectée en Chine, mérite le détour.

L’avant-garde féministe des années 1970

Les bourses et prix octroyés alimentent plus encore qu’à l’accoutumée la programmation des Rencontres d’Arles, à l’exemple du focus sur Babette Mangolte, lauréate du prix Women in Motion 2022, qui révèle une artiste plus connue dans le milieu de l’art. Réalisée avec la collaboration du Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne à Rochechouart, organisateur en 2019 de sa première rétrospective en France, l’exposition se concentre sur la scène performative et chorégraphique new-yorkaise des années 1970-1980 que cette artiste française, installée dans la Grosse Pomme depuis plus de cinquante ans, a photographiée et filmée. En parallèle se développe l’exposition d’envergure muséale sur le mouvement artistique féministe des années 1970 proposée par Gabriele Schor à partir de la Collection Verbund, collection d’entreprise qu’elle dirige à Vienne (Autriche). Plus de 200 photographies, vidéos, films et performances de 71 artistes femmes sont regroupées sous le terme d’avant-garde féministe. Mettant ainsi en évidence la contribution pionnière de ces autrices qui, d’Helena Almeida à 0rlan, Valie Export ou Nil Yalter, ont mis à mal l’image de la femme au foyer, les diktats de la beauté, et parlé librement de la sexualité.

« Un monde à guérir » est l’autre exposition d’envergure muséale à faire étape à Arles, après avoir été présentée à Genève. Christoph Wiesner poursuit ainsi la politique de son prédécesseur. Coproduite par les Rencontres avec le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, cette exposition mène une réflexion sur la photographie humanitaire à partir des collections de ces trois institutions qui, réunies, couvrent la période 1850 à nos jours. Elle met en avant « sa grammaire visuelle », ses intentions et évolutions tout en s’interrogeant sur les raisons de l’éviction du spectaculaire et de la souffrance, y compris pour la période récente.

La question des luttes des communautés indiennes pour sauvegarder leur environnement et leur culture forme le troisième axe intéressant des Rencontres, par la multiplicité des approches documentaires actuelles. L’enquête du collectif Ritual Inhabitual (Tito González García et Florencia Grisanti) sur les Mapuches au sud du Chili se distingue ainsi dans sa forme de celle de Julien Lombardi sur des Indiens Huichols vivant au centre du Mexique ou de celle de Bruno Serralongue, en cours, sur les luttes des Sioux du Dakota.

Les Rencontres d’Arles demeurent toutefois une caisse de résonance des bruits du temps bien différente des autres festivals photo. Une grande partie de la photographie documentaire actuelle, réalisée et diffusée hors circuit des galeries, musées, centres d’art ou foires, échappe à sa programmation. L’impulsion donnée l’an dernier par Christoph Wiesner au prix Découverte Louis Roederer remédie légèrement à cette situation avec son ouverture à des structures, indépendantes qui soutiennent des travaux photographiques émergents. Le prix, qui a comme source d’exploration de l’intime, est placé cette année sous le commissariat de Taous Dahmani.

Les Rencontres de la photographie. Visible ou invisible, un été révélé,
jusqu’au 25 septembre, nombreux lieux à Arles, et hors les murs à Avignon, Marseille, Toulon… Tout le programme sur www.rencontres-arles.com

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°593 du 8 juillet 2022, avec le titre suivant : Les Rencontres d’Arles s’émancipent

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