Mardi 18 décembre 2018

Art roman

Les mystères du val de BoÁ­

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 19 novembre 2004 - 482 mots

Privilégiant la qualité à la quantité, le Musée de Cluny réunit des pièces exceptionnelles pour évoquer l’art de la sculpture romane en Catalogne.

 PARIS - Classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000, le val de Boí, vallée étroite des Pyrénées espagnoles, a livré quelques-uns des plus beaux vestiges d’art roman, ce style né autour de l’an mil dans les édifices religieux de l’Occident chrétien. Si les fresques qui habillaient l’intérieur des églises romanes de Catalogne sont aujourd’hui renommées, les ensembles sculptés à la même époque demeurent méconnus du public et suscitent encore de nombreuses interrogations auprès des spécialistes. Le Musée national du Moyen Âge lève le voile sur cet art millénaire en rassemblant des œuvres probablement issues d’un même atelier, dit « d’Erill », spécialisé dans des représentations monumentales de Descente de croix.
Sobre et tamisé, l’éclairage confère aux personnages sculptés un caractère sacré et permet d’en mesurer toute l’étrangeté. Peu de pièces sont présentées, mais chacune fait figure d’exception. Ainsi du Christ de Mig Aran, dont ne subsiste que le buste – le bas du corps ayant été découpé et évidé lors de mystérieuses interventions. Le Sauveur est représenté les yeux fermés, la tête et le torse inclinés, et témoigne des caractéristiques de l’atelier d’Erill : visage austère, yeux travaillés en amandes saillantes sous des arcades formant un angle vif avec le front, coiffure en trois tresses, travail des côtes en courbe… La main plaquée sur le flanc gauche ne laisse aucun doute quant à sa signification iconographique ; elle appartient à Joseph d’Arimathie, l’un des personnages de cette Descente de croix ici réduite au Christ. D’autres ensembles ont pu être conservés en partie, comme la Descente de croix (XIIe-XIIIe siècle) originaire de l’église de Santa Eulàlia d’Erill-la-Vall. La Vierge et Saint Jean, provenant du Musée national d’art de Catalogne à Barcelone (qui accueillera ensuite l’exposition), ainsi que Dimas, Joseph, Le Christ et Nicodème, prêtés par le Musée épiscopal de Vic, sont aujourd’hui réunis dans la salle du frigidarium. Les sculptures portent encore les vestiges de polychromie et les restes de tiges ou de mèches avec lesquelles elles étaient fixées à une poutre dans l’église, quasiment au-dessus de l’autel. Face à cette œuvre impressionnante : une autre scène de déposition provenant de Sainte-Marie de Taüll (XIIe-XIIIe siècle), dont il ne reste que quatre sculptures.
Pour évoquer les riches décors des intérieurs des églises romanes, Cluny montre aussi des reproductions de peintures qui ornaient les absides de Saint-Clément de Taüll, Saint-Jean de Boí ou encore Sainte-Marie de Taüll. Cette présentation intimiste devrait permettre aux historiens d’affiner les datations, de confirmer certaines hypothèses... et de percer un peu plus les secrets de l’énigmatique Catalogne romane.

CATALOGNE ROMANE – SCULPTURE DU VAL DE BOÁ?

Jusqu’au 3 janvier 2005, Musée du Moyen Âge-Thermes de Cluny, 6, place Paul-Painlevé, 75005 Paris, tél. 01 53 73 78 00, tlj sauf mardi, 9h15-17h45. Catalogue, RMN, 96 p., 17 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°203 du 19 novembre 2004, avec le titre suivant : Les mystères du val de BoÁ­

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