Les musées français et étrangers face à l'Internet, part II

Le Journal des Arts

Le 16 janvier 1998 - 855 mots

Les critères de qualité d’un site de musée sont aussi flous à l’étranger qu’en France. Doit-il simplement fournir quelques renseignements pratiques, ou offrir une expérience virtuelle et permettre un parcours-zapping de la collection ? La plupart des sites anglo-saxons sont des tentatives aussi négligemment esquissées que le Rhinocéros de Dürer.

L’Amérique est en pointe, tout musée qui se respecte ayant son adresse Internet. Le serveur du MoMA de New York fait apparaître des reproductions correctes de ses tableaux les plus connus ou offre de découvrir les auteurs des textes du catalogue de l’exposition “Léger”. Rien de plus, en somme, que les renseignements fournis par quelque document papier. Quant au projet artistique, il n’a pas été remis à jour depuis 1996 !

Le site du Guggenheim est encore plus décevant. Bien que le musée ait accroché une importante rétrospective Rauschenberg, une seule œuvre de l’artiste est reproduite, avec un piètre commentaire. Quant aux minuscules photographies “violacées” du bâtiment de Frank Gehry à Bilbao... mieux vaut ne pas s’y attarder. Le département boutique, en revanche, regorge de photos alléchantes. La vente sur l’Internet est un domaine parfaitement maîtrisé par les musées et les galeries américaines. C’est même Thomas Hoving, ancien directeur du Metropolitan Museum, qui accueille l’internaute à la boutique virtuelle présente sur le site ArtNet. Ses descriptions dithyrambiques des babioles qu’il a sélectionnées sont grotesques.

Plus élaboré, celui du National Museum of American Art, à Washington, livre des informations utiles et présente un choix pertinent de visites d’expositions, un voyage virtuel à la Maison Blanche, avec sa collection d’artisanat américain, ou, pour une étude plus complète, une plongée dans les archives du musée. Malheureusement, la visite “son et lumière” de la Maison Blanche s’avérant trop riche pour un Pc de capacité moyenne, notre consultation s’est brutalement interrompue pendant le discours d’Hillary Clinton.

Sites européens
En Europe, mentionnons le site assez prometteur du Prado, quoique sa consultation s’avère trop lente. Bilingue, il propose tout à la fois une visite rapide des “50 chefs-d’œuvre” du musée et une découverte plus approfondie autour d’“une œuvre, un artiste”. Celui du Vatican mérite un détour en raison de la qualité des reproductions d’œuvres qu’il propose, tant celles de Giotto que celles de la Chapelle Sixtine. Les musées britanniques, eux, n’en sont qu’aux balbutiements de la cybernétique. La Tate Gallery prévoit d’ouvrir un site en février. “Nous voulons toucher la communauté internationale d’érudits autant qu’un large public”, annonce Catherine Holden, directrice du marketing. Une société extérieure créera le site, mais il sera animé par trois membres du personnel de la Tate. La National Gallery projette elle aussi d’ouvrir un site où elle espère, comme dans ses cédéroms, faire”entrer” toute sa collection. Pionnier outre-Manche, le Victoria & Albert Museum est déjà sur le réseau. Mais après l’enthousiasme du lancement, il néglige depuis un an de mettre son site à jour. Également l’un des premiers à s’installer sur l’Internet, le British Museum n’a construit qu’un site rudimentaire à la présentation austère, riche en... numéros de téléphone à appeler pour obtenir des renseignements ! À quoi bon ouvrir un site ?

L’un des sites les plus intéressants est celui de l’Institute of Contemporary Art (ICA) de Londres, où un jeune membre de l’équipe a conçu un site au graphisme réussi et riche d’informations factuelles, avec des liens vers un art étrange et merveilleux. L’ICA vient de faire un bond supplémentaire dans l’avenir technologique avec la création de son centre des nouveaux médias. Lancé en partenariat avec Sun Microsystems, le créateur californien du langage informatique Java, ce projet représente l’investissement le plus imporatant de l’histoire de l’ICA : 2 millions de livres (19 millions de francs).
Des ordinateurs et des logiciels aux capacités jusque-là réservées à la recherche scientifique et à l’industrie seront mis à la disposition des artistes désirant créer des images digitales et du public qui pourra, où qu’il se trouve dans le bâtiment – y compris au bar – se connecter à l’art digital.
Mais l’Internet permettra bien davantage que la réalisation d’une “salle de jeux” dans un musée d’avant-garde comme l’ICA, ou les créations d’une équipe de designers pour un musée riche comme la Tate Gallery. Les terres vierges sont immenses, et les petits musées pourraient créer des sites n’ayant rien à envier à des productions dix fois plus onéreuses.

Ainsi le site du jardin de sculpture de Goodwood conduit le visiteur dans un élégant circuit virtuel de l’exposition, constamment renouvelée, des sculptures contemporaines disposées dans son parc du Sussex. Images de bonne qualité et texte fourni. Le coût d’un tel projet est de l’ordre de 200 000 francs, mais son directeur Wilfred Cass a convaincu un partenaire commercial de financer l’opération, à l’instar du Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, qui vient de se lier à IBM pour le développement de son site, après avoir signé dès 1995 un accord avec Bill Gates pour la numérisation de ses images et la publication de cédéroms.

Cela dit, quand nous avons tenté d’accéder au site de Goodwood, il était en panne, et personne à Goodwood ne semblait s’en être aperçu. L’Internet a non seulement besoin d’idées mais aussi d’hommes pour le faire vivre !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°52 du 16 janvier 1998, avec le titre suivant : Les musées français et étrangers face à l'Internet, part II

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