Les identités de Jimmie Durham

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 mai 2003 - 407 mots

Se mesurer au travail de cet artiste américain âgé de soixante-trois ans n’a rien d’évident. Militant de la cause indienne dans les années 1970 et 1980, Jimmie Durham a orchestré un art activiste protéiforme efficace, sans tomber pour autant dans le piège de la démagogie. Fier de sa culture cherokee, il a exploité ses racines assez subtilement, par allusions, en militant pour la cause écologique par exemple, rappelant en passant que la conquête par les Blancs de l’Amérique avait assimilé l’Indien à la nature, et à ce titre, l’avait spolié et brutalisé sans vergogne. La civilisation et le naturel sauvage ne faisant qu’un, on en a aussi profité pour faire des réserves les « meilleurs dépotoirs » de déchets toxiques et nucléaires du pays, une petite particularité que Durham n’a pas manqué de traiter avec des performances et des pièces incisives autant que subtiles. Mais depuis 1994, Jimmie Durham s’est fixé un nouvel objectif : devenir eurasien. L’Europe n’étant pas un continent et ses limites étant plus que jamais sujettes à polémiques, l’artiste lui a donc préféré
ce territoire immense qu’il parcourt depuis bientôt dix ans, s’installant ici à Dublin, là à Lisbonne ou Marseille. Dans cette ville, où il avait séjourné un an, il revient et s’installe au Mac avec un bilan, sorte de passeport eurasien. Dans la culture cherokee, par gagner l’identité indienne, il « suffit » de vivre sept ans en compagnie des Indiens et d’apprendre leur langue. Fort de ce principe, Jimmie Durham s’est mis à la tâche en cent œuvres, moins ethniques et politiques, plus ouvertes peut-être. Reste une certaine tension palpable au détour des sept thématiques énigmatiques orchestrant l’exposition marseillaise : « Tuyauterie », « Philosophie », « Ingénierie », « Géographie », « Herméneutique », « Architecture » et « Bricolage ». Sobrement parsemé d’assemblages pauvres, faits d’objets trouvés, cassés, From the West Pacific to the East Atlantic offre un visage calme mais à la violence sourde. Beaucoup de ces vestiges d’une histoire ou d’un usage ont été brisés par l’artiste lui-même, à coup de pierre, comme cette vitrine de musée qui n’expose que ses débris et son assaillant. Comme des pavés jetés dans la mare des certitudes, les œuvres de Jimmie Durham ébranlent avec complexité l’idée même de construction identitaire, dépassant largement la simple question de l’origine.

MARSEILLE, Mac, galeries contemporaines des musées de Marseille, 69 bd de Haïfa, VIIIe, tél. 04 91 25 01 07, jusqu’au 1er juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°547 du 1 mai 2003, avec le titre suivant : Les identités de Jimmie Durham

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