Lundi 17 décembre 2018

Palais des Beaux-Arts, Lille Jusqu’au 12 juillet 2010

Les grandes œuvres de Paolo Domenico Finoglio

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 18 mai 2010 - 435 mots

En peignant ses immenses toiles de deux mètres cinquante sur trois environ, Paolo Domenico Finoglio avait sans nul doute sous les yeux les poignantes octaves du poème du Tasse. Le peintre n’a pas été inférieur à l’écrivain, l’un maîtrisant les signes, l’autre, les mots.

Chacun des dix tableaux monumentaux exposés dans l’atrium du palais des Beaux-Arts de Lille est le fidèle miroir des cadences qui relatent un moment pathétique de l’épopée des croisés partis à la conquête de Jérusalem. À l’éloquence des formules répond l’ardeur des volumes, au lyrisme des strophes fait écho la vivacité des attitudes. Pour décrire cette geste épique, le pinceau a trouvé dans les formes et les couleurs les accents qui convenaient à une telle narration. Rien de ces épisodes dans lesquels la gloire, la volupté, l’amour et la mort se rejoignent, luttent, s’exaltent et s’anéantissent n’est oublié ; tout est suggéré afin de pourvoir les héros des attributs que leurs actions exigent et qui font que « le guerrier devient une céleste beauté… et que la beauté de ce spectacle en égale l’horreur ».

Longtemps considéré comme un artiste mineur, Paolo Domenico Finoglio (1590-1645), qui parfois signait Neapolitanus, reconquiert avec cette suite grandiose une place légitime. Nous découvrons pour la première fois en France ce cycle qui résulta d’un souhait, peut-être d’un ordre du comte de Conversano. Désireux de satisfaire aux attentes de ce commanditaire qui prévoyait d’accrocher l’ensemble des tableaux dans son château, l’artiste a dramatisé les effets, amplifié les mouvements, retranscrit en impulsions les paroles pour que chaque séquence, découpée par la lumière autant que cernée par les ombres, rende au juste niveau la force du texte qui les inspirait. Ce qui pourrait passer pour de la démesure est en réalité parfaite appréciation des enjeux sentimentaux, spirituels et politiques que la chronique littéraire du Tasse met en scène.

Achevée en trois ans, couronnant son existence, l’œuvre de Paolo Domenico Finoglio renaît dans un espace qui illumine sa charge romanesque et dilate son impact visuel. Afin d’obéir au principe de l’oblique qui est l’axe des tableaux, la mise en scène accueille le spectateur en lui proposant la diagonale adaptée au déroulement de l’épopée chevaleresque. La relation entre tous les éléments qui bâtirent une histoire ancienne et structurent son visage actuel se déploie, s’accélère ou se ralentit au gré de ce multiple échange qui permet d’aller de la vision globale au détail particulier puis de revenir vers la perspective totale, en toute liberté pour l’œil et la pensée.

« Finoglio, un maître du baroque napolitain », palais des Beaux-Arts, place de la République, Lille (59), www.pba-lille.fr, jusqu’au 12 juillet 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°625 du 1 juin 2010, avec le titre suivant : Les grandes œuvres de Paolo Domenico Finoglio

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